Dyslexie mathématique

SnyderTimesGreatDisorder.jpgIl suffit d’un atome pour troubler l’oeil de l’esprit. (William Shakespeare)

Quoique l’on aborde régulièrement la dyslexie dans les écoles, il ne m’est jamais arrivé durant toutes ces années d’entendre parler de discalculie (voir aussi dyscalculia), un trouble d’apprentissage du calcul. Ce qui me fait croire que je ne suis pas le seul. Or, les recherches d’un professeur de l’Université Western Ontario laissent entendre que la discalculie est aussi répandue que la dyslexie (EurekAlert! : Unraveling ‘math dyslexia’). Même que Daniel Ansari, spécialiste en neurosciences du développement cognitif, les deux difficultés d’apprentissage sont souvent reliées.

Je mets en relief cette intéressante citation d’Ansari sur notre rapport culturel aux mathématiques :

We have some cultural biases in North America around math skills. We think that people who are good at math must be exceptionally intelligent, and even more dismaying and damaging, we have an attitude that being bad at math is socially acceptable. People who would never dream of telling others they are unable to read, will proclaim publicly they flunked math.


(Image thématique : In Times of Great Disorder, par Joan Snyder)


Par ricochet :
Encore, et toujours, les maths
10 mythes de l’enseignement des maths ?
Certaines habiletés mathématiques seraient innées
Stimuler la pensée mathématique
Mathématiques et affectivité : deux études
Math : la concentration plus importante que le Q.I.
Les math comme indicateur de réussite en sciences
Les maths : pas si importants pour les parents et élèves?
Étude : les exemples concrets en math moins efficaces
Les math ont un problème d’image

Les ados et l'école québécoise

McGinityBlondTeen.jpgL’homme est un adolescent diminué. (Michel Houellebecq)

Un sondage réalisé auprès des jeunes Québécois pour le compte de Gesca dresse un portrait d’ensemble de la perception que les adolescents se font de l’école. Le dossier Cyberpresse comporte plusieurs statistiques intéressantes de l’environnement dans lequel ils passent une bonne partie de leurs journées. On y aborde des sujets tels que le stress, les programmes particuliers, les devoirs et l’uniforme. Pour bien enseigner, il faut aussi une bonne connsaissance des élèves; l’enseignement-apprentissage s’opère dans un contexte où interagissent les individus, l’environnement et le sujet. Je crois donc utile, en ce début d’année, de me familiariser avec cette réalité toujours changeante.

    Les ados heureux à l’école : On s’attend à tout, sauf à ça: les ados sont heureux à l’école. D’accord, c’est surtout pour les sports, les amis, les activités parascolaires. Les élèves du secondaire finissent quand même par l’avouer : l’école est un milieu de vie dans lequel ils se sentent bien.
    Sondage: le bonheur à l’école, ça dépend… : Quand les élèves du secondaire sont démotivés, des signes se manifestent. En voici qui laissent penser que les jeunes ne sont peut-être pas aussi heureux à l’école qu’ils le prétendent.
    Sondage: à l’école, les amis d’abord : Du côté des enseignants, on sait depuis longtemps que l’école ne se résume pas aux salles de classe et qu’il s’agit plutôt d’un véritable « milieu de vie », comme on entend souvent dans les corridors d’école. Mais de là à penser que 96 % des élèves y sont heureux… Plusieurs sont perplexes.
    L’influence des programmes d’élite : Les programmes sélectifs, comme ceux en éducation internationale (PEI) ou en arts et sports-études, qui ont poussé comme des champignons dans les écoles québécoises n’ont pas créé le stress de briller. Mais ils l’ont certainement fait croître, estiment de nombreux psychologues.
    Le stress de la performance chez les ados : À l’ère des programmes d’élite, le stress de performance a augmenté d’un cran dans nos écoles secondaires. Et les jeunes qui en souffrent ont besoin d’aide avant de toucher au burn-out scolaire. Voici le cauchemar des plus-que-parfaits.
    Dompter le stress qui étouffe : Des bons élèves qui pensent à s’enlever la vie parce que la pression devient trop forte, ça existe. Et il y en aura toujours plus si on n’apprend pas aux jeunes à dompter ce stress qui les étouffe, croient les spécialistes.
    La crainte maladive de l’échec : Le choc est souvent brutal pour les parents qui, habitués à voir un jeune performant et autonome, se retrouvent à essayer de consoler un enfant complètement brisé par le stress.
    Sondage: 46 minutes de devoir par jour : Les élèves du secondaire vous le confirmeront volontiers : ils détestent les devoirs. Mais quand on leur demande combien de temps ils y consacrent chaque jour, les jeunes québécois répondent : en moyenne 46 minutes.
    Sondage: à bas l’uniforme! : Parmi les élèves du secondaire qui doivent porter l’uniforme, 40 % souhaiteraient s’habiller à leur goût. Plus qu’au privé, les jeunes des écoles publiques n’aiment pas qu’on leur impose des vêtements.

Mise à jour, 07 septembre 2008 | Autres articles publiés dans la journée :

    Les maths, la matière préférée des jeunes : Contre toute attente, les mathématiques arrivent à égalité avec l’éducation physique quand on demande aux élèves québécois du secondaire d’identifier leur matière préférée: 23,1% des jeunes interviewés préfèrent cette matière, et 23%, l’éducation physique.
    Les notes, ça compte : Si les élèves québécois trouvent leurs cours faciles, ça ne signifie pas pour autant qu’ils se fichent de leurs résultats scolaires. Au contraire.
    La drogue, c’est les autres! : Quand on demande aux jeunes si eux-mêmes en ont consommé, le pourcentage chute dramatiquement: à peine 7,5% répondent par l’affirmative.
    Lutter contre le décrochage, un botté à la fois : Pour contrer l’absentéisme scolaire sitôt la saison de foot terminée, l’école songe maintenant à mettre au point un calendrier hors-concours ou des entraînements obligatoires à l’année.
    La cafétéria? Pas si mal, finalement : La mauvaise réputation des cafétérias scolaires serait-elle exagérée? Certainement si on en croit les jeunes qui la fréquentent: deux élèves sur trois trouvent que la nourriture qu’on leur sert est bonne, voire «très bonne.»
    L’uniforme obtient (presque) la note de passage : Pour ou contre l’uniforme obligatoire? Parmi ceux qui le portent, il décroche presque la note de passage: 59,1% n’aimeraient pas que leur école l’abandonne. Ceux qui peuvent s’habiller comme ils le veulent, à l’école, souhaitent au contraire que les choses restent comme ça.
    Un bon prof est un prof cool : Très clairement, ce sont les qualités humaines des enseignants plutôt que leur compétence (9,1%), la clarté de leurs explications (10,1%) ou leur passion (9%) qui sont les plus appréciées des jeunes.


(Image thématique : Blonde Teen, par Sarah McGinity)


Par ricochet :
La tyrannie des adolescents
L’obsolescence de l’adolescence

Étude : les exemples concrets en math moins efficaces

Weiss24.jpgLa science de la réalité ne se contente plus du comment phénoménologique; elle cherche le pourquoi mathématique. (Gaston Bachelard)

Une étude jette un doute important sur la croyance fort répandue en mathématiques, semble-t-il, selon laquelle la représentation de situations concrètes favorise l’apprentissage (EurekAlert! Concrete examples don’t help students learn math, study finds; New York Times : Study Suggests Math Teachers Scrap Balls and Slices). Selon des chercheurs du Center for Cognitive Science (Université Ohio State), le recours au concret nuit à la transférabilité des savoirs, une qualité mieux servie par l’abstraction.

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    (cliquez sur l’illustration pour un agrandissement)

L’étude a été menée auprès d’étudiants d’âge collégial, de sorte qu’on ignore si le phénomène vaut aussi pour le secondaire ou le primaire. Des pédagogues des mathématiques, tel que Gilles, sauront mieux que moi trancher cette question. Néanmoins, j’ose une hypothèse de réponse.

Les notions se construisent généralement du simple au complexe, de même que des savoirs antérieurs aux savoirs périphériques. Par conséquent, on gagnera à faire évoluer l’élève du concret à l’abstrait, dans la mesure où l’abstraction est à sa portée. De plus, on peut supposer que les exemples concrets conviennent davantage aux mathématiques de base et les symboles aux mathématiques plus avancées.

Gardons cependant à l’esprit que l’élève, dans son être, doit battre son propre sentier, plus ou moins accidenté et semé d’imprévus. En outre, son aptitude à jongler avec des abstractions mathématiques varie en fonction de sa nature. Le devoir du pédagogue consiste donc à ne pas lui imposer, mais à s’éclairer, des formules de la science.


(Image thématique : 24, par Jan Weiss)


Par ricochet :
Origami, art et mathématiques
Certaines habiletés mathématiques seraient innées
Ressources interactives en math en fonction de l’âge
Stimuler la pensée mathématique
Mathcasts : un wiki de screencasts mathématiques
Merveilles d’imagerie mathématique
Illustrer les maths avec Flickr / partager pour apprendre
Mathématiques occidentales vs asiatiques
Partenariat école-université profitable aux math et sciences
Les math comme indicateur de réussite en sciences
Simplifier l’enseignement des mathématiques?

Mathématiques occidentales vs asiatiques

AbacusAsprey.jpgLes mathématiques ne sont pas une moindre immensité que la mer. (Victor Hugo)

Ah! ces Chinois… ils s’imposent comme la nouvelle aune de mesure. Tout le monde sent le souffle du dragon sur la nuque. D’où l’intérêt porté aux mathématiques, surtout après que les résultats de TIMSS 1999 aient situé les élèves des pays asiatiques en avance sur les nôtres (The Boston College Chronicle : Study Finds Asian Countries are Best in Math, Science). Un possible élément réponse réside dans la conception même des mathématiques. Une étude (PDF) révèle qu’en mathématiques les Chinois font davantage appel aux régions du cerveau affectées à l’imagerie motrice et à la planification, tandis que les occidentaux activent les fonctions langagières (Eide Neurolearning Blog : Math Success: More About Asian vs. Non-Asian Differences). Les chercheurs attribuent cet avantage à l’usage de l’abaque, entraînant ainsi une conceptualisation plus motrice et spatiale des mathématiques. Déduction non fondée, dira-t-on, mais avouons que c’est intéressant.

Cette différence n’explique pas tout, comme l’indiquent les autres références citées par Fernette et Brock Eide. Néanmoins, cela montre bien que nos approches pédagogiques ne constituent pas nécessairement le bout du monde. Nous avons certes beaucoup à apprendre des autres cultures, et dans une perspective planétaire, apprendre à apprendre s’avère un ambassadeur du pacifisme.

Toujours à propos de l’ethnomathématique, je suis émerveillé des concepts que dissimulent les mosaïques et les arabesques de l’architecture arabe (New York Times : In Medieval Architecture, Signs of Advanced Math). Pour revenir à la Chine, Tommy C. nous présente le magnifique Cube d’eau qui abritera les compétitions aquatiques aux Jeux de Beijing 2008. Je suis soufflé du savoir-faire chinois, lequel montre brillamment qu’il sait fabriquer autre chose que des jouets. Décidément, le dragon rouge s’élève maintenant au-dessus de nos têtes.

Mise à jour, 4 juin 2007 | Le Eide Neurolearning Blog (Math Teaching Under the Microscope — More East vs. West) approfondit encore le sujet des différences pédagogiques en mathématiques entre l’Occident et l’Asie, notamment quant à l’usage de la visualisation.

Mise à jour, 02 octobre 2010 | Une école du New Jersey a adapté avec succès le modèle d’enseignement des mathématiques pratiqué à Singapour, l’un des plus performants dans les comparaisons internationales (New York Times : Making Math Lessons as Easy as 1, Pause, 2, Pause …). Ce modèle a le mérite de miser sur la lenteur et la réflexion comme stratégies d’apprentissage.

(Image thématique : Abaque, par Paula Asprey)


Par ricochet :
Encore, et toujours, les maths
Origami, art et mathématiques
Les maths moins les mots
L’enseignement des maths : Chine vs U.S.
Mathématiques, art et architecture
Ethnomathématiques

Rethinking Mathematics (Jobineries)

Effets néfastes des médias sur les jeunes

Les médias électroniques, incluant Internet, ont des effets plus néfastes sur la santé des enfants et des adolescents qu’on ne le croyait. Un imposant dossier de la revue Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine jette un regard plutôt sombre sur la capacité des jeunes à s’adapter au bombardement des médias (Fox News : Media Exposure Linked to Child, Teen Health, Behavior Problems).

À la lecture du reportage, Fernette et Brock Eide résument ainsi les ravages de la télévision :

  • la télé en solitaire : moins de temps passé avec les amis
  • la violence à la télé : plus d’agressivité chez les jeunes
  • la télé (même éducative) chez les enfants du préscolaire : excès de poids
  • plus de télé : sexualité précoce
  • plus de télé : plus faible probabilité d’obtenir un diplôme universitaire
  • la télé dans la chambre : performance inférieure en mathématiques, lecture, et langue dès la 3e année
  • Quoique la chaîne Fox News aime donner dans le sensationnalisme, voici néanmoins les faits saillants de son reportage sur trois des articles du dossier publié dans Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine :

    From obesity and social isolation to early sexual initiation and aggressive and violent behavior, 15 new studies link exposure to media images with a broad range of negative health, behavior and lifestyle issues in children and teens.

    The studies found that the harm begins early in the preschool years and continues through adolescence.

    Electronic media « are among the most profound influences on children in this country » and that « this intersects with many other issues that are critically important to child health, including violence, obesity, tobacco/alcohol use, and risky sexual behaviors. »

    Those who watched more than two hours of television a day were 35 percent more likely to have had sex.

    If sex-disapproving parents didn’t monitor their teens’ TV viewing, more than two hours a day of TV upped a teen’s odds of sexual initiation by 250 percent.

    The more time kids spend watching violent TV programs, the less time they spend with their friends. This isn’t true for nonviolent programs.

    The more time kids spend watching TV with friends, the more time they spend doing other things with their friends.

    Violent TV programs are known to make kids more aggressive. When kids watch violent TV by themselves, their aggressive behavior makes it harder for them to have friends. So what do they do? They watch more TV — becoming even more socially isolated, and even angrier. [...] This may be where many bullies are born.

    3-year-olds were three times more likely to be overweight if they spent two or more hours a day in a room with a TV on.


    Par ricochet :
    Facteurs de réussite scolaire
    Les technologies comme facteur d’obésité
    De l’agressivité des enfants québécois
    Les TIC et l’émancipation sexuelle
    La télévision n’affaiblit pas les résultats ; oui, mais…
    Pas de télé pour les bébés

    Encore, et toujours, les maths

    Le récent rapport du programme PISA, qui compare les performances des élèves à l’échelle internationale, cause des remous aux États-Unis. On s’inquiète beaucoup de ce que les Américains arrivent au 21e rang parmi les 29 pays industrialisés analysés. eSchool News en fait l’objet d’un éditorial (U.S. students lag behind in math). Cette obsession pour les résultats en mathématiques, qui occulte les performances peu reluisantes des élèves dans les autres domaines, me semble le reflet d’un système d’éducation axé sur les besoins de l’industrialisation au détriment des sciences plus humaines. Non pas que je veuille débiner les mathématiques, loin de moi cette idée, mais il appert que le navire donne un peu trop de la bande.


    Par ricochet :
    Rapport PISA sur les systèmes d’éducation

    Diplôme d’études secondaires sans maths ni sciences (Du cyberespace à la cité éducative)
    Blogomath (Jobineries)