Les médias sociaux à l’école : échos de Ludovia

La pensée ne s’achève que lorsqu’elle a trouvé son expression. (Gustave Lanson)

La question de l’usage des médias sociaux dans les écoles reste d’actualité. Elle le sera encore longtemps dès lors que le système scolaire, majoritairement, continue d’en redouter les effets. Plutôt que de faire l’autruche, Ludovia cette année attaque le sujet de front en adoptant comme thème Imaginaire et promesses du numérique, avec une incartade du côté des nouveaux médias.

J’ai eu le plaisir d’animer une table ronde ayant pour thème Expression 2.0 des élèves et culture numérique à l’École et qui aborde deux questions centrales : quelle place faut-il faire à l’école pour les médias sociaux et la culture numérique ? puis comment accompagner les élèves dans un choix raisonné des outils et des usages?

Notons que les questions de départ ne font mention que des élèves. On est tenté, au premier abord, de se réjouir de cette centration sur les élèves, mais cela dissimule peut-être une volonté d’astreindre ces derniers à une ligne de conduite institutionnelle, comme on le constate trop souvent dans les politiques scolaires d’utilisation des médias sociaux. Or, on ne peut pas faire abstraction des enseignants dans l’équation des nouveaux médias à l’école, d’autant plus que c’est à cet endroit souvent que persistent les préjugés les plus tenaces, bien davantage que dans la récente évolution des directions à cet égard, si j’en juge par mon milieu et les médias spécialisés.

Dans la foulée de l’éveil aux nouveaux médias, les participants de la table ronde ont outrepassé les craintes à l’endroit des médias sociaux qui languissent obstinément dans plusieurs milieux scolaires, pour ne pas dire dans la population en général et dans les médias populistes. Ces participants, d’une ouverture étonnante par rapport à ce que m’avait habitué Ludovia, m’ont grandement simplifié la tâche : (alphabétiquement) Florence Canet, enseignante documentaliste à l’Académie de Toulouse, Françoise Maine, représentante de l’Enseignement Catholique, Jean-Marc Merriaux, directeur général du CNDP, Blandine Raoul-Réa, coordinatrice des experts TICE 2nd degré à la Direction générale de l’enseignement scolaire (ministère de l’Éducation nationale), et Sébastien Reinders, chef de projet chez Technofutur TIC. Je les remercie d’ailleurs d’avoir préalablement accepté de modifier la formule de la table ronde pour permettre les échanges avec la salle. C’était tout naturellement dans l’ordre du sujet.

J’ai été ravi d’entendre la position des représentants du ministère, Blandine Raoul-Réa et Jean-Marc Merriaux, dont le discours sur l’importance des médias sociaux dans la classe et de leurs avantages pour les élèves révèle une réflexion à la fois actualisée et experte. J’en donne comme exemple cette citation de Mme Raoul-Réa : de prendre en compte de nouvelles dimensions pour favoriser l’implication de l’élève dans la construction d’une éducation aux médias et à l’information élément d’une culture numérique à construire. Avec le virage annoncé de Faire entrer l’école dans l’ère du numérique, il appert que la France affiche une audace politique qui manque désespérément au Québec.

S’en est suivi des exemples d’application des médias sociaux dans les écoles par les autres participants à la table ronde et dont ils tirent d’excellentes observations. Mme Maine évoque certaines idées reçues que les adultes propagent et qui ne sont pas vraiment le reflet de l’investissement créatif observé auprès de cette génération. Florence Canet, pour sa part, souligne l’utilité d’enseigner l’activité de publication et en faire le pivot de l’apprentissage en organisant de façon structurée les ressources sélectionnées sur le web est une compétence essentielle pour appréhender ces flux informationnels.

Puisque le blogue est d’actualité, je saisis l’occasion pour diaprer un sujet qui me tient à coeur. Il n’y a pas si longtemps, j’encourageais les élèves à utiliser les médias sociaux, tant pour les sensibiliser à redonner au web l’infime monnaie ce ce qu’ils y puisent, que pour augmenter nos communications. En cette époque de balbutiements sociaux en ligne, nous filions tous azimuts sur YouTube, puis les blogues scolaires et Facebook, quelques-uns même s’hasardant sur Twitter. Puisque Facebook constituait alors leur agora virtuel de prédilection, il m’était devenu indispensable pour réguler certains comportements qui débordaient sur la classe, notamment quelques cas d’intimidation.

Pourquoi ouvrir l’école aux nouveaux moyens d’expression ? Je ne m’attarde pas aux raisons souvent évoquées, et fort justes, de l’éducation civique, de la e-réputation, de la littératie informationnelle, et des compétences de travail collaboratif. Plus fondamentalement, il y a cette reconnaissance que l’apprentissage est profondément social. De deux choses l’une : ou bien les savoirs proviennent de sources externes avant d’être internalisés et sont donc caractérisés par une dimension sociale, ou bien l’individu synthétise de nouveaux savoirs qu’il devra par la suite valider socialement. Évidemment, il peut les garder pour lui-même, mais elles n’ont alors que peu d’intérêt, tout comme les savoirs qui viendraient à l’enfant sauvage. Les connaissances utiles sont amalgamées, puis refondues, au creuset social.

Les médias sociaux, en vertu de leur organisation réticulaire, comportent des affordances collaboratives, voire collectives, d’apprentissage encore peu exploitées, particulièrement au plan scolaire. Il est désolant de constater comme l’école reste fermée aux possibilités qu’offrent l’apprentissage mobile (ou nomade) et l’apprentissage informel, pour ne nommer que ceux-là. Les jeunes ne sont pas si bornés.

Les savoirs martelés demeurent superficiels; pis encore, ils deviennent immuables.

L’école du siècle dernier était ivre d’apprentissages cognitifs. En dépit de ses prétentions, elle n’était point humaniste. Son idée de la socialisation était fondée sur l’apprentissage par l’autorité et le règlement plutôt que la démocratisation par essai et erreur. Or, il est temps de redonner à l’éducation sa vocation socialisante naturelle, par opposition au conditionnement. Les vrais apprentissages sont réfléchis. Les savoirs martelés, quant à eux, demeurent superficiels; pis encore, ils deviennent immuables.

Malgré les erreurs, dont les grands médias ne manquent pas de se gargariser, les jeunes s’adonnent à l’exploration sociale dans les nouveaux médias en ligne. L’éducation sociale s’y fait démocratiquement, plutôt que par théorisation scolaire. Elle prend du temps, certes, celui de l’enfance, de l’adolescence, voire d’une vie. Cela dit, elle se fera mieux avec l’intervention participative de l’école.


Références :


(Image thématique : Expression of Freedom, par Prerna)


Par ricochet :
L’apprentissage mobile : passage à Ludovia
Comment les médias sociaux stimulent ma mémoire
12 étapes vers l’engagement dans l’apprentissage social
L’éducation aux réseaux sociaux

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