Les professeurs peuvent-ils s'éclater hors de l'école?


MotswaiFreedomDanceParty.jpgLe temps presse, il est temps de comprendre qu’il n’est de fête aucune qui ne soit la fête de tous.
(Joseph Wresinski)

De plus en plus de professeurs affichent des bribes de leur vie privée sur le Web, notamment dans les réseaux sociaux comme Facebook. Pour la génération Internet, il n’y a pas de démarcation entre le réel et le virtuel; le second n’est que l’extension du premier, une expansion de l’espace social. Pour les générations antérieures habituées aux conventions de façade, les sujets de scandale foisonnent. Mais encore faut-il coller l’oeil au trou de la serrure. Les voyeurs trouvent nombre d’occasions de pousser des hauts cris et plusieurs enseignants ont maille à partir avec ces furies (The Washington Post : When Young Teachers Go Wild on the Web).

Hormis l’imprudence d’étaler sa vie sur le Web, la question demeure : les professeurs ont-ils aussi le droit de s’éclater à l’extérieur de l’école, ou leur rôle auprès des enfants les oblige-t-il à un comportement toujours exemplaire? Ardent défenseur de la liberté, je plaide pour le premier, conscient toutefois du conflit d’intérêts. On me permettra, néanmoins, de défendre ma cause à l’aide de quelques arguments, entendu que les comportements dont il est question s’inscrivent dans les limites de la loi et de la civilité :

    • L’intégralité du professeur (dans le sens de plénitude) est nécessaire à sa compétence; par conséquent, il est néfaste de restreindre son champ d’activité, de connaissances et d’exploration.


    • Les professeurs qui font preuve de fantaisie et d’excentricité sont parmi les plus intéressants.


    • Le goût du risque et de la créativité chez un professeur est à encourager.


    • Le stéréotype du professeur rangé et incorruptible confère à l’école un caractère artificiel; la socialisation passe par la valorisation de la différence.


    • Il y a un risque de facticité à faire de l’école un jeu de rôles perpétuel; elle gagne plutôt à une finalité naturelle.


    • L’apprentissage de l’humanité nécessite l’acceptation de l’imperfection.


    • À l’âge auquel les jeunes peuvent être exposés aux frasques de leurs professeurs, ils savent départager les comportements en fonction des situations.

Dans cette question, il me semble que les fautifs sont plutôt ceux qui mettent le nez où ils n’ont pas d’affaire. Pour les médias comme pour les individus, c’est s’abaisser que de formaliser les potins.

Mise à jour, 10 mai 2008 | Un cas typique d’abus d’autorité provient de cette étudiante qui prétend qu’on lui refuse un diplôme d’enseignement en raison d’une photo sur sa page MySpace qui la montre avec un chapeau de pirate en train de prendre un verre (ABC News : Teachers’ Virtual Lives Conflict With Classroom).


(Image thématique : Freedom Dance Party, par Tommy Motswai)


Par ricochet :

Identité et vie privée

Le Web est maintenant le média no. 1

Le partage de son quotidien sur la Toile

Afficher sa présence Web

Double identité : l’avenir de notre réputation

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17 réponses

  • C’est souvent hors contexte de classe que l’on apprécie le plus ses profs…parce qu’on les découvre tout simplement humain !

  • La bonne question à se poser n’est-elle pas : peut-on concevoir à moyen terme une vie sans identité numérique ? Pour ma part, j’y ai répondu par la négative et je travaille quotidiennement à sa construction ( blog, réseaux sociaux, partage de liens…). A chaque adulte revient la charge de l’ampleur, de la solidité, de la droiture et de la fixation des limites de l’édifice qu’il érige numériquement. Pour moi, plus qu’un droit, je dirai que c’est presque un devoir! Il ne faut pas oublier que la plupart de nos élèves possèdent déjà cette identité. Dans une dizaine d’années, ils deviendront des adultes qui seront, à leur tour, les parents de nos élèves ou des professeurs.

  • Pour ma part, la plupart de mes élèves savent que j’ai une page sur Facebook – elles trouvent ça cool – mais elles savent aussi que je ne serai pas leur «ami» tant qu’elles seront mes élèves et elles l’acceptent.
    De plus, je côtoie des élèves dans le cadre parascolaire et ma relation avec ces élèves est différente de celle que j’ai avec les autres.

  • Michel Sardi dit :

    Tout à fait en accord, les professeurs ont en effet le droit (et le devoir?) de s’éclater à l’extérieur de l’école. Mais à titre de représentants de l’école, de la commission scolaire, mais surtout de la profession, n’a-t-on pas un devoir de réserve pour agir de façon éthique?

    Peut-on sans aucun scrupule se paqueter la fraise dès 16h10 sur la terrasse à un coin de rue de l’école? À 30 km, est-ce différent? Il me semble que oui, question de réputation dans la communauté et donc de maintien de l’intégrité de la profession.

    Par ailleurs, je suis content de voir une recension des arguments (s’en trouve-t-il d’autres?), mais j’hésite en ce qui concerne le dernier. N’existe-t-il pas une différence certaine entre ce les jeunes devinent de la vie privée de leur prof et ce qu’ils peuvent constater de visu?

    Ensuite seulement pourra-t-on se poser l’autre question: la vitrine du Web ramène-t-elle toutes nos activités sur la terrasse devant l’école? Mais ne s’agit-il pas là d’une nouvelle terrasse, avec laquelle il faudra dorénavant faire, et qui nous demande de redéfinir les agissements conformes à l’éthique?

  • Stenyk (stenyk.fr) dit :

    Pour moi, Internet est un moyen de complètement oublier l’école.
    Une fois que je suis sur le web, l’enseignant que je suis n’existe plus. Je m’oriente alors sur d’autres centres d’intérêt personnels.

  • A Michel Sardi : ce dont vous parlez à plus a voir avec la morale que l’éthique…on peut difficilement parler de conformité à l’éthique dans la mesure ou l’éthique est pas essence non normative !

    Ce qui m’interpelle en vous lisant c’est à quel point le cadre de l’école oriente vers la non congruence ! Et je me pose la question : les e-pratiques induiraient-elles plus d’authenticité dans vos relations à visée professionnelle ?

  • Michel Sardi dit :

    Vous avez raison, l’éthique n’est pas à proprement parler normative, mais la morale ne l’est pas plus. Par contre, l’éthique doit donner des points de repères pour guider l’action d’un professionnel afin qu’il maintienne l’intégrité et la crédibilité de sa profession. C’est ce qu’on appelle l’éthique professionnelle, mise en oeuvre par les codes d’éthque. La morale, quant à elle, joue un rôle plus large: ne s’applique-t-elle pas à tout être social?

    Mais peu importe le vocabulaire, ma question demeure: quels devraient être ces points de repères en ce qui concerne l’éclatement des profs à l’extérieur de l’école, afin de maintenir l’intégrité de la profession? La question des e-pratiques y est subordonnée…

  • « L’immense majorité des spécialistes du vaste champ de la
    morale et de l’éthique ne distingue pas ces deux mots. »

    Dennis Jeffrey; »Éthique ou morale », Formation et profession, volume 14, no 2, décembre 2007

    En ce qui concerne les obligations morales des enseignants en dehors de l’école, les outils tels Facebook, Myspace ou autres formes de publication web ne sont qu’une autre manière manière de se trouver en public.

    Je suis d’accord avec les arguments de François, mais ce qui est problématique c’est justement de définir les contours de sa réserve:

    « entendu que les comportements dont il est question s’inscrivent dans les limites de la loi et de la civilité »

    Pour la loi, c’est plus facile, mais pour la civilité…

    Je n’ai pas d’exemple qui me vienne à l’esprit, mais je sais que les enseignants sont tenus à une certaine exemplarité par notre système de justice.

    Je ne peux que cité encore une fois Dennis Jeffrey qui écrit dans le même article que celui mentionné plus haut:

    « Je pense aussi à ces juges des différentes cours québécoises
    et canadiennes qui exigent des enseignants une moralité
    exemplaire; »

  • A André Chartrand

    Je crois au contraire que les deux deux termes renvoient à des sens différents…sur Wikipedia, on trouve les distinctions suivantes :

     » Une distinction courante consiste à entendre par « morale » l’ensemble des normes propres à un groupe social ou à un peuple à un moment précis de son histoire et à appeler éthique la recherche du bien par une conscience. Aujourd’hui, on emploie le terme « éthique » généralement pour qualifier des réflexions théoriques portant sur la valeur des pratiques et sur les conditions de ces pratiques ; l’éthique est ainsi une réflexion critique sur la moralité des actions. On parle par exemple de « comité d’éthique » au sein d’institutions scientifiques ou d’hôpitaux. L’éthique aurait donc ses fondements dans une décision dite rationnelle prise à partir d’un libre dialogue entre des consciences (riches de traditions et de codes idéologiques assimilés).

    Une autre distinction est proposée par certains philosophes contemporains (Deleuze, Ricoeur, Comte Sponville, Giuliani, Misrahi…) pour définir la morale comme ensemble de devoirs (impératifs catégoriques qui commandent de faire un Bien posé comme valeur absolue, par ex « tu ne tueras pas ») et l’éthique comme réalisation raisonnable des désirs (tendance naturelle à chercher le bon comme valeur relative à chaque sujet en recherche de son bonheur, qui peut par exemple légitimer certains actes généralement considérés « immoraux » comme l’euthanasie.)

    La morale est ainsi généralement rattachée à une tradition idéaliste (de type kantienne) qui distingue entre ce qui est et ce qui doit être, alors que l’éthique est liée à une tradition matérialiste (de type spinoziste) qui cherche seulement à améliorer le réel par une attitude raisonnable de recherche du bonheur de tous.

    Le droit est distinct de la morale et de l’éthique dans le sens où il ne se prononce pas sur la valeur des actes, bien et mal, bon ou mauvais, et ne définit que ce qui est permis et défendu par l’État dans une société donnée. La déontologie est pour sa part l’ensemble des obligations qu’une profession s’engage à respecter pour garantir une pratique conforme à l’éthique. »

    source : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89thique

    Par ailleurs, je ne pense pas que la civilité concerne plus une profession qu’un autre…nous sommes TOUS concernés par cette dimension, et les professeurs ne le sont pas plus ou moins qu’un autre corps de métier ou qu’un autre citoyen…

  • Michel Sardi dit :

    Je pense que le débat morale/éthique n’est que plus ou moins pertinent pour la question. Comme André le fait remarquer, ce sont les limites du devoir de réserve qui sont floues.

    Quant au cadre juridique, la Loi sur l’instruction publique permet la suspension ou la révocation de l’autorisation d’enseigner si l’on commet « un acte dérogatoire à l’honneur ou à la dignité de la fonction enseignante » (art. 34.3). Je serais curieux d’en connaître les interprétations de la jurisprudence…

    Cette disposision est, il me semble, un des arguments principaux contre la création d’un ordre professionnel des enseignants, pour lequel, d’ailleurs, on aurait invariablement conçu un code d’éthique professionnelle (plus clair?).

    Pas d’accord avec Florence: il me semble évident qu’un prof possède un devoir d’exemple impicite, à tout le moins dans sa communauté scolaire, ce qui n’est pas le cas du simple quidam. Notre rôle dans la société, comme celui de l’éducation au sens large, est fondamental.

    Je reviens donc avec la question de « public ». Certains actes commis en public sont-ils dérogatoires à la profession s’ils ne sont pas visibles à « notre » public (parents, élèves, communauté)?

  • Pas d’accord avec vous Michel : nous avons tous un rôle fondamental à jouer dans la société…les profs, avec tout le respect que je leur dois, ne sont pas au dessus du reste des simples quidams comme vous dîtes…vraiment étrange votre conception de la société !

  • Hélène dit :

    J’abonde vers l’opinion de M.Sardi. L’enseignant , je crois, a un rôle très particulier et essentiel à jouer auprès des jeunes élèves. Il passe de nombreuses heures à leur côtés. À mon sens, l’enseignant, est autre qu’un commis de quincaillerie ou un horticole,ou autre , sans dénigrer aucune profession, mais l’enseignant, tout comme un éducateur, animateur scout, etc.. est au coeur même de l’éducation des enfants . Les parents confient leurs jeunes à un système scolaire et ils sont en droit d’attendre des modèles de cohérence et de comportement civils. Donc, si je reviens aux exemples de l’article cité par F.Guité où les enseignantes se dénudent et consomment exagérément  » en public « , je serais choquée et réfléchirais sérieusement à l’idée de dénoncer ce manque de civilité/moralité auprès d’une direction. Selon moi , des comportements sexuellement exhibitionnistes ou des comportements haineux envers d’autres cultures ou minorités , etc…ne devraient pas se retrouver ( « en public » , sur le web )chez des enseignants qui enseignent aux jeunes à développer plusieurs attitudes, dont celle du respect. Idéalement, de tels propos ne devraient se retrouver chez quiconque, « tous sont concernés ».
    Donc,Si un enseignant peut-être semoncé, voire exclu, pour des propos ou gestes abusifs,sexistes,et malvenus en classe , pourquoi pourrait-il les exprimer ailleurs de la classe, en y adhérant, et revenir en classe auprès de ces élèves faisant mine de rien ? Cet enseignant serait mieux de changer de profession . De même, un médecin serait blâmé car il tient un language irrespectueux, sexiste, inaproprié à ses patients ou infirmières, mais pourrait continuer de les tenir sur le web, tout en continuant d’examiner et ausculter des patients . En tout cas , je ne me sentirais pas à l’aise avec ce dernier et ne voudrais pas que mes enfants soient en consultation avec lui. Je changerais immédiatement de médecin si je savais que sa personnalité dévoilée ne cadrerait pas avec civilité ou moralité.
    Voilà mon opinion , en tant que simple parent de trois enfants, et certainement peu experte dans les subtilités sémantiques et/ou philosophiques.

  • Mme Meichel,

    Peut-être que ça ne devrait pas être ainsi, pour ma part je crois que si. Mais il y a, de fait, une distinction entre les professions quant aux attentes sociales en matière d’exemplarité au regard de la dimension morale et éthique de la vie privée. Cette réalité ne s’applique pas uniquement à la profession enseignante, certes, mais cette dernière fait partie du lot.

    Quelques exemples :

    Lorraine Pagé, des allégations de vol d’une paires de gant l’on contrainte à démissionner de son poste de présidente d’une trois grande centrale syndicale du Québec malgré toute une vie de militantisme.

    Claude Charron, politicien de talent, vol de veston. Fin de sa carrière politique.

    Sven Robinson, politicien admiré pour son dévouement, vol d’une bague. Fin d’une carrière politique exemplaire de 25 ans.

    Il est impossible d’exercer certaines professions si l’on possède un casier judiciaire.

    En général, ces attentes sont en lien avec la nature de la tâche et l’importance de ce qui est confié à ces professionnels. Or, Mme Hélène, quelles que soient ses compétences philosophiques, a raison; les parents délèguent une partie de leur autorité et confient une parti de l’éducation de leurs enfants aux enseignants. Voilà pourquoi les attentes sont élevées.

    M. Sardi,

    Vous avez en partie raison, le débat sur les distinguos morale/éthique n’ont pas vraiment d’importance ici. Mais en partie seulement, je crois en effet que ce que défends Mme Meichel à cet égard n’est pas totalement dépourvu de lien avec le sujet en cours. Si le cœur vous en dit, allez lire l’article de Dennis Jeffrey que je mentionne dans mon autre commentaire. Vous le trouverez en ligne à cette adresse :

    http://formation-profession.org/files/508/articles/chronique_culture.pdf?PHPSESSID=39759dd43c8291524b64ab6ebcaf7cd9

  • Michel Sardi dit :

    Bien lu l’article de Jeffrey avec les conclusions duquel je suis de plus en plus d’accord, surtout après avoir ressorti des boules à mites mon vieux précis de morale de Foulquié (où j’apprends que Cicéron crée le terme « moralis » pour traduire « ethikos »). En parcourant les ouvrages et sites Web sur le sujet, on conçoit que les deux termes ne suffisent pas aux nuances des interprétations que l’on veut leur donner. Et j’aime bien aussi la tentative de clarification faite ici : http://www.usherbrooke.ca/cirea/recherche/lexique_clarification.html.

    Simplifions, en espérant que ce ne soit pas à outrance: est-ce « mal » pour un prof d’afficher (peu importe où) ses éclatements? Ou est-ce déjà mal de s’être éclaté, point? Je me sens un peu hypocrite de croire à la première affirmation seulement…

  • Une piste de réponse pour Michel (que je salue bien bas, au passage) : j’ai ressorti des mes boules à mites à moi un concept qui m’aide beaucoup dans ce genre de situation : la multi-éthicité. Ce n’est pas une coquille. On m’a en effet appris à distinguer 4 types d’éthiques :

    1) celle du juriste (qui se demande : quels sont les droits moraux et obligations formelles des parties impliquées) et dont la boussole éthique est orientée par un questionnement comme : quelle alternative va s’avérer la plus respectueuse de ces droits et obligations, chartes et autres textes formels?

    2) Celle du comptable (qui se demande : quels torts / bénéfices chaque alternative va-t-elle provoquer ? Laquelle se solde par le bilan global le plus bénéfique ? Laquelle conduit au bien commun le plus grand ?) et dont la boussole cherche à maximiser les bénéfices pour les parties concernées

    3) Celle du bon père de famille (qui se demande : quelle alternative est la plus équitable entre les intervenants ? Laquelle est la plus exempte de discrimination, de favoritisme ?) et dont la boussole cherche la direction qui traite les individus avec le maximum de respect et équité

    4) et enfin, celle du vertueux (qui se demande : quelle alternative favorise le développement de qualités morales?) et dont le choix ultime cherche à faire de lui et de ceux qui le côtoient de meilleures personnes.

    Se peut-il que le dilemme que tu soulèves, malgré ton invocation de la LIP, appelle ce dernier cas de figure?

  • Michel Sardi dit :

    Je reconnais le Amine (devant lequel je m’incline, entre autres pour le saluer à mon tour) qui réussit à proposer des pistes juste assez débroussaillées pour qu’on se sente encore fier d’avoir été capable de sortir du bois…

    Je crois –et j’espère– que selon cette typologie, que je me permets de noter sur un post-it mental, le débat demeure sur l’éthique du vertueux. Je me refuse ainsi à croire que «l’honneur et la dignité de la fonction enseignante» ne soient pas des prémisses au développement de qualités morales chez les élèves, à faire d’eux de meilleures personnes.

  • C’est vrai Amine, on devrait parler des éthiques plutôt que de l’éthique…le mot décliné au singulier prête au paradoxe !



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