Appel à la communauté : les programmes particuliers


CapanDiversityHappyLife.jpgL’intelligence est programmée par la création du différent. (Francesco Alberoni)

Une communauté éducative, c’est aussi pour consolider, enrichir et rectifier sa pensée. Au besoin, son éclairage est inestimable. Je participerai la semaine prochaine au colloque du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) en tant que panelliste sur la question des programmes particuliers. Puisque je discuterai du sujet avec des gens bien informés qui se prononceront sur les programmes à vocation spécifique, je serais reconnaissant à la communauté d’alimenter ma réflexion sur le sujet, soit par le biais des commentaires ou en m’écrivant à l’adresse francoisguite [@] mac.com

Le panel sera composé des membres suivants, dont je présente l’essentiel de leur position :

    - Nicole Boutin, présidente du Conseil supérieur de l’éducation : « La multiplication des projets pédagogiques particuliers et la croissance des pratiques de sélection des élèves sur la seule base du rendement scolaire ont une incidence sur les objectifs de démocratisation, d’accessibilité et d’égalité des chances assignés au système scolaire québécois. En l’absence de balises claires pour encadrer l’offre des projets, le Conseil supérieur de l’éducation craint la disparition d’une école riche de sa diversité et ouverte à tous. »

    - Solange Racine, directrice générale adjointe de la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin : « Pour [la réussite du plus grand nombre], il faudra « Oser » sortir du cadre traditionnel et adopter des postures plus ouvertes et innovatrices, reconnaître la complémentarité de l’autre, le lâcher-prise sur nos zones de pouvoir pour mieux collaborer, utiliser l’énergie mobilisant des équipes et étudier l’apport de la recherche. »

    - Jacques Tondreau, conseiller à l’action professionnelle pour la Centrale des syndicats du Québec : « Diversifier la formation sans sélectionner : voilà le grand défi de l’éducation publique au Québec. Pour le moment, une bonne partie de cette diversification passe par des projets pédagogiques sélectifs dont l’accès est restreint par les performances scolaires des élèves ou le revenu des parents. Ce type de pratique nous éloigne de l’idéal de la réussite du plus grand nombre. En fait, la réussite des élèves performants se fait de plus en plus au détriment des élèves moyens ou en difficulté. »

    - CapanDiversityHappyLife.jpgL’intelligence est programmée par la création du différent. (Francesco Alberoni)

    Une communauté éducative, c’est aussi pour consolider, enrichir et rectifier sa pensée. Au besoin, son éclairage est inestimable. Je participerai la semaine prochaine au colloque du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) en tant que panelliste sur la question des programmes particuliers. Puisque je discuterai du sujet avec des gens bien informés qui se prononceront sur les programmes à vocation spécifique, je serais reconnaissant à la communauté d’alimenter ma réflexion sur le sujet, soit par le biais des commentaires ou en m’écrivant à l’adresse francoisguite [@] mac.com

    Le panel sera composé des membres suivants, dont je présente l’essentiel de leur position :

      - Nicole Boutin, présidente du Conseil supérieur de l’éducation : « La multiplication des projets pédagogiques particuliers et la croissance des pratiques de sélection des élèves sur la seule base du rendement scolaire ont une incidence sur les objectifs de démocratisation, d’accessibilité et d’égalité des chances assignés au système scolaire québécois. En l’absence de balises claires pour encadrer l’offre des projets, le Conseil supérieur de l’éducation craint la disparition d’une école riche de sa diversité et ouverte à tous. »

      - Solange Racine, directrice générale adjointe de la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin : « Pour [la réussite du plus grand nombre], il faudra « Oser » sortir du cadre traditionnel et adopter des postures plus ouvertes et innovatrices, reconnaître la complémentarité de l’autre, le lâcher-prise sur nos zones de pouvoir pour mieux collaborer, utiliser l’énergie mobilisant des équipes et étudier l’apport de la recherche. »

      - Jacques Tondreau, conseiller à l’action professionnelle pour la Centrale des syndicats du Québec : « Diversifier la formation sans sélectionner : voilà le grand défi de l’éducation publique au Québec. Pour le moment, une bonne partie de cette diversification passe par des projets pédagogiques sélectifs dont l’accès est restreint par les performances scolaires des élèves ou le revenu des parents. Ce type de pratique nous éloigne de l’idéal de la réussite du plus grand nombre. En fait, la réussite des élèves performants se fait de plus en plus au détriment des élèves moyens ou en difficulté. »

      - François Guité, enseignant au Programme d’éducation internationale de l’école De Rochebelle (Commission scolaire des Découvreurs) : « Le bouleversement que connaissent les sociétés modernes, dans leur éclectisme et leur complexité, appelle à une nouvelle organisation de l’éducation qui va au-delà des problèmes soulevés par les programmes à vocation particulière. Dans un monde où l’école n’a plus l’apanage de la transmission des savoirs, sa pertinence dépend de sa capacité à desservir tant les intérêts des individus que son mandat social. Son plus grand défi, désormais, est de concilier l’un et l’autre dans une éducation à la citoyenneté. Un tronc commun de connaissances et de compétences doit servir de ciment social; par ailleurs, nous disposons aujourd’hui de moyens pour personnaliser les apprentissages. Avec des programmes individualisés, plus besoin de programmes particuliers. »

    Au-delà du sujet, je suis intrigué par l’efficacité du blogue et de la blogosphère en tant que moyen préparatoire à consolider une position. Dans un deuxième temps, est-ce que ce maillage Internet peut compenser, dans une certaine mesure, pour une participation tardive et face à des gens dont l’expertise est plus spécialisée?

    Je vous suis redevable de votre générosité.

    Mise à jour, 10 avril 2008 | L’appel à la communauté porte déjà fruit :-) Florence a raison de demander plus de précisons. Voici dont la thématique de départ :

    Titre : Programmes particuliers et réussite pour tous : un paradoxe?

      « De plus en plus de programmes particuliers sont offerts aux meilleurs élèves. Cela nuit-il aux autres étudiants? Privilégie-t-on les premiers aux détriments des autres? Les questions sont nombreuses? et les pistes de solutions aussi! Et si les opinions divergent sur certains points, tous s’entendent sur une chose : il faut en discuter et en débattre! Les intervenants du panel fourniront matière à réflexion. »

    Mise à jour, 13 avril 2008 | Un article dans Le Soleil (L’école autrement) m’amène à penser que je devrais tenir ici un répertoire de références sur le sujet des programmes particuliers :

    - CSE : Les projets [...] particuliers au secondaire : diversifier en toute équité

    - Le Devoir : Enseignements spécialisés – Ça bouge dans les écoles d’art [...]

    - Le Soleil : L’école autrement

    - Le Soleil : L’école au rythme de l’enfant

    - Éducation 2.0 : Du local au global : le singulier comme attracteur étrange


    - BBC : Specialist schools ?succeeding’

    - BBC : Primary schools are to specialise

    - BBC : Specialist schools ?not better’

    - BBC : The real reason for specialising?


    (Image thématique : Diversity – Happy Life, par Mary Capan)


    Par ricochet :

    Facteurs de réussite scolaire

    La spécialisation des écoles

    La commercialisation de la réussite scolaire

    Des écoles abandonnent le P.E.I. : je suis d’accord

    La diversification de l’école

    Libérer les programmes

    Les TIC pour un programme de formation individualisé

    Programmes spécialisés et performance scolaire

    « >François Guité, enseignant au Programme d’éducation internationale de l’école De Rochebelle (Commission scolaire des Découvreurs) : « Le bouleversement que connaissent les sociétés modernes, dans leur éclectisme et leur complexité, appelle à une nouvelle organisation de l’éducation qui va au-delà des problèmes soulevés par les programmes à vocation particulière. Dans un monde où l’école n’a plus l’apanage de la transmission des savoirs, sa pertinence dépend de sa capacité à desservir tant les intérêts des individus que son mandat social. Son plus grand défi, désormais, est de concilier l’un et l’autre dans une éducation à la citoyenneté. Un tronc commun de connaissances et de compétences doit servir de ciment social; par ailleurs, nous disposons aujourd’hui de moyens pour personnaliser les apprentissages. Avec des programmes individualisés, plus besoin de programmes particuliers. »

Au-delà du sujet, je suis intrigué par l’efficacité du blogue et de la blogosphère en tant que moyen préparatoire à consolider une position. Dans un deuxième temps, est-ce que ce maillage Internet peut compenser, dans une certaine mesure, pour une participation tardive et face à des gens dont l’expertise est plus spécialisée?

Je vous suis redevable de votre générosité.

Mise à jour, 10 avril 2008 | L’appel à la communauté porte déjà fruit :-) Florence a raison de demander plus de précisons. Voici dont la thématique de départ :

Titre : Programmes particuliers et réussite pour tous : un paradoxe?

    « De plus en plus de programmes particuliers sont offerts aux meilleurs élèves. Cela nuit-il aux autres étudiants? Privilégie-t-on les premiers aux détriments des autres? Les questions sont nombreuses? et les pistes de solutions aussi! Et si les opinions divergent sur certains points, tous s’entendent sur une chose : il faut en discuter et en débattre! Les intervenants du panel fourniront matière à réflexion. »

Mise à jour, 13 avril 2008 | Un article dans Le Soleil (L’école autrement) m’amène à penser que je devrais tenir ici un répertoire de références sur le sujet des programmes particuliers :

- CSE : Les projets [...] particuliers au secondaire : diversifier en toute équité

- Le Devoir : Enseignements spécialisés – Ça bouge dans les écoles d’art [...]

- Le Soleil : L’école autrement

- Le Soleil : L’école au rythme de l’enfant

- Éducation 2.0 : Du local au global : le singulier comme attracteur étrange


- BBC : Specialist schools ?succeeding’

- BBC : Primary schools are to specialise

- BBC : Specialist schools ?not better’

- BBC : The real reason for specialising?


(Image thématique : Diversity – Happy Life, par Mary Capan)


Par ricochet :

Facteurs de réussite scolaire

La spécialisation des écoles

La commercialisation de la réussite scolaire

Des écoles abandonnent le P.E.I. : je suis d’accord

La diversification de l’école

Libérer les programmes

Les TIC pour un programme de formation individualisé

Programmes spécialisés et performance scolaire

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12 réponses

  • florence meichel dit :

    Peut-être serait-il utile de préciser le questionnement ?

  • florence meichel dit :

    Je crois que la réussite est une notion relative et singulière…elle dépend de critères très personnels…la réussite pour tous implique donc que chacun puisse développer des combinaisons de compétences pertinentes qui visent des réussites singulières…ce qui revient à dire que les programmes particuliers devraient concerner tous les élèves et devenir la norme c’est là où se situe la paradoxe : où le singulier devient le sens commun…nous l’avions déjà évoqué dans un autre billet il me semble ! :-)

    Je l’avais repris ici

    http://florencemeichel.blogspot.com/2008/02/du-local-au-global-le-singulier-comme.html

    En parallèle, il y a aussi une discussion intéressante sur ce sujet au sein du réseau Apprendre 2.0

    http://apprendre2point0.ning.com/forum/topic/show?id=945551%3ATopic%3A15046

  • Jean Trudeau dit :

    Je ne suis pas certain d’appartenir (encore) à la ‘communauté éducative’, mais comme membre de la communauté tout court j’appuie pleinement ton point de vue (dont je souligne une partie) : « Dans un monde où l’école n’a plus l’apanage de la transmission des savoirs, sa pertinence dépend de sa capacité à desservir tant les intérêts des individus que son mandat social. Son plus grand défi, désormais, est de concilier l’un et l’autre dans une éducation à la citoyenneté. Un tronc commun de connaissances et de compétences doit servir de ciment social; par ailleurs, nous disposons aujourd’hui de moyens pour personnaliser les apprentissages. Avec des programmes individualisés, plus besoin de programmes particuliers. »

    J’ai souvent déploré l’isolement de l’école publique, déconnectée de la communauté où elle a pignon sur rue. Les programmes particuliers ne font qu’accentuer ce repli ‘stratégique’ que je n’arrive pas à m’expliquer autrement que par une compétitivité inter-écoles maladive où la réussite de l’enfant est un ‘bon vendeur’. Avec la multiplication des programmes particuliers, on peut dire adieu à l’école communautaire où la réussite de chaque individu est l’affaire de tous.

  • Je trouve intéressante l’idée de la singularité de la notion de réussite, évoquée par Florence, de même que celle des programmes particuliers comme objectif de ‘vente’ plutôt que d’apprentissage, comme le souligne Jean. Sincères remerciements.

  • Bonjour François,

    Étant donné que mon terrain de travail (celui qui m’est le plus familier) n’est pas celui dont il est question pour ces «projets particuliers», je ne saurais trop me prononcer. Par contre, comme j’aime tenter de comprendre l’environnement plus largement que «mon terrain», j’aimerais te demander quelques précisions sur l’une des parties de ton énoncé.

    Lorsque tu écris que «nous disposons aujourd’hui de moyens pour personnaliser les apprentissages», est-ce que tu veux dire que nous avons *déjà* en main ce qu’il faut pour personnaliser les apprentissages, ou bien est-ce que tu veux dire que nous avons les moyens *de comprendre* l’avantage qu’il y a à personnaliser les apprentissages ?

    Je pose cette question, en fait, en la mettant en relation avec le surcroît de tâche qui peut toucher cette espèce à part que sont les enseignants, que tu évoquais par ailleurs… Concrètement, un enseignant au secondaire a la charge de combien d’étudiants au cours d’une seule session? Est-ce que ça peut se situer autour de 200 individus singuliers ? Si le ratio prof/étudiants est trop élevé, est-ce qu’on peut réalistement espérer qu’une tangible individualisation des apprentissages soit véritablement accomplie, malgré toute la bonne volonté et la conviction de la personne qui a à charge la formation de ces étudiants ?

    Individualiser le tout, c’est aussi, en partie et pas seulement ni uniquement, prendre le soin d’écrire des centaines de commentaires personnels et individualisés sur les travaux qui se font en continu, et ce à répétition et de manière constante tout au cours du cheminement de chaque personne… C’est aussi connaître les «poignées» individuelles et singulières de chacun de ceux-ci, par lesquelles on peut potentiellement les accrocher – ou raccrocher. Et tant d’autres choses, toujours individualisées. Est-ce que c’est vraiment réaliste de croire que ça peut convenablement, rigoureusement, humainement et constamment être fait avec «dites-moi au juste combien d’étudiants-session» ? Et ce, tout autant pour chacun de ceux-ci ? Avec combien de temps consacré pour chacun de ces individus singuliers ? Ce qui implique combien d’heures-semaine pour ce faire?

    C’est peut-être là que ça devient le plus délicat…

    Je suis conscient que ces questions sont délicates, hautement délicates, car lorsque prises au sérieux, vraiment prises au sérieux, elles entraînent nécessairement des coûts (je préfèrerais dire des investissements, mais je sais fort bien que pour celui qui devra payer…). Pour qu’une réelle et concrète individualisation des apprentissages soit possible sur le terrain (et pas seulement que dans les discours), il me semble qu’il faut nécessairement tenir compte du ratio profs/étudiants par session, ce qui revient à dire que pour rendre ce ratio plus conforme à une individualisation substantielle des apprentissages, il faudrait abaisser de beaucoup le ratio, ce qui signifie embaucher plus d’enseignants, ce qui signifie plus de coûts pour «le système»… Un grand problème, c’est que ces questions impliquent «du fric», même beaucoup, et que dès lors, ces questions risquent d’être spontanément ramenées à des questions de «condition de travail» pour les enseignants, ou à de quelconques questions de négociations de travail…

    Et pourtant, il me semble que c’est bien, d’abord et avant tout, des questions pédagogiques, mais comme il y a des coûts à la réalisation concrète, sur le terrain, des discours…

    Deux dernières questions, si vous me le permettez. Est-ce que dans un «programme particulier» il y a le même ratio prof/étudiant ? Et est-ce qu’on peut dire que dans un «programme particulier» la diversification des étudiants est moindre ? Car s’il s’avérait que ce «particulier» est (en même temps?) une manière de contourner les difficultés/défis de l’individualisation pour tous, il me semble que ça peut aussi changer les perspectives…

    Merci d’avance, François, pour les éventuels éclaircissements que tu pourrais apporter sur la situation (étant entendu qu’il n’y a bien sûr pas d’obligation de réponse).

    Patrice

  • florence meichel dit :

    A Patrice

    Je crois qu’il faut arrêter de voir le système sous le même angle et plutôt penser communauté de pratique…tel que vous le décrivez, la charge de travail est effectivement inhumaine pour LE professeur…si chacun devient professeur de l’Autre, le système change radicalement de configuration et la fonction du professeur aussi !

    Je crois que pour que l’idée avance dans nos têtes et en actes, il faut sortir du cadre…Patrice Collard dans la discussion que j’ai mentionnée l’illustre très bien !

    Et de ce point de vue, les TIC et les outils du Web 2.0 en particulier offrent des solutions tout à fait intéressantes !

  • Si je me fie à mon expérience (programme régulier et programme particulier jadis), et aussi à l’historique de la venue d’un programme particulier dans une certaine école bien connue de moi, je peux énoncer schématiquement ce qui suit :

    1-Programme particulier = fort aspect marketing pour attirer une clientèle scolaire qui, autrement, souvent, irait au privé…

    2-Aspect marketing = plait à certains parents qui magasinent à qui mieux mieux, selon les palmarès distorsionnés que publient certains médias…

    3-Notion d’élève-client qui revient indéniablement si l’on tient compte de 1 et 2 ci-dessus…

    4-Programmes particuliers avec exigences particulières causent parfois un stress énorme sur la progéniture généralement assez OBIssante (excusez le mauvais jeu de mots) : cas de dépressions chez les jeunes, etc.

    5-Avec l’actuel système d’éducation au Québec, ce sont les CS, les directions d’écoles, les écoles elles-mêmes (physiquement) qu’il faudrait réformer pour assurer une individuation des apprentissages hors cadres nivelants des programmes, particuliers ou non : MÉCHANT CONTRAT impossible à réaliser DANS le système à mon humble avis. (Florence parle de « sortir du cadre » : reste à trouver comment, sinon, on court vers un viaduc de la Concorde éducationnel.)

    6-Programmes particuliers = pseudo-mensonges plus ou moins pieux, à l’occasion, car physiquement, on n’a pas complètement les moyens d’offrir ce qu’on annonce…

    7-Une des clés, et ça fait très longtemps que je l’entends et que je le dis, c’est la diminution du ratio prof-élèves. Divisons par 2 le nombre d’élèves par prof et on va pouvoir avancer. Pour ce faire, il faut plus de classes et plus de profs… mais alors il faudra couper ailleurs : dans les cadres et la bureaucratie ? Pourquoi pas ! Mais qui va oser le faire ? Voilà la clé de l’impossibilité dont je parle au point 5… Les lobbys politicailleux sont trop puissants… CQFD ?

    8-Cette liste de points est tout SAUF exhaustive :-) Ce n’est qu’une suite d’énoncé, résultats de réflexions passées, garochées littéralement ici en vrac ! Ça pourra alimenter François, osé-je espérer ;-)

  • Très bonnes questions, Patrice… et je sens-là une préparation à la discussion et aux questions qui suivront les présentations des panélistes. J’y répondrai dans l’ordre :

    « [Veux-tu] dire que nous avons *déjà* en main ce qu’il faut pour personnaliser les apprentissages, ou bien est-ce que tu veux dire que nous avons les moyens *de comprendre* l’avantage qu’il y a à personnaliser les apprentissages ? »

    La deuxième interprétation ne me serait pas venue naturellement à l’idée, quoique je la trouve plus intéressante que la première. Il faut bien un philosophe pour y penser. D’une part, je ne crois pas qu’il soit possible de concevoir des moyens artificiels de compréhension de cette nature, du moins pas pour le moment. De plus, on ne dispose même pas des moyens pour comprendre les avantages du système actuel. D’autre part, n’est-ce pas seulement par l’expérience que l’on peut envisager pareille compréhension?

    « Concrètement, un enseignant au secondaire a la charge de combien d’étudiants au cours d’une seule session? Est-ce que ça peut se situer autour de 200 individus singuliers ? Si le ratio prof/étudiants est trop élevé, est-ce qu’on peut réalistement espérer qu’une tangible individualisation des apprentissages soit véritablement accomplie, malgré toute la bonne volonté et la conviction de la personne qui a à charge la formation de ces étudiants ? »

    Tu as vu juste, j’enseigne bien à 200 élèves. Néanmoins, j’ai réussi, dans les contraintes d’une structure rigide, à mettre en place une pédagogie et une gestion de classe qui repose sur l’individualisation des apprentissages, quoique cela est d’autant plus circonscrit par les exigences du programme de formation. Il s’agit d’une recherche dans l’action que j’ai entamée depuis maintenant quelques années; ce n’est pas encore parfait, mais je sens que je touche au but. Ce serait beaucoup plus facile, en fait, si je n’étais pas entravé par certaines modalités inutiles que m’impose le système établi. À ce sujet, Florence a raison : c’est en modifiant les pratiques pédagogiques que l’on réussit à optimiser la transmission du savoir.

    « Est-ce que c’est vraiment réaliste de croire que ça peut convenablement, rigoureusement, humainement et constamment être fait avec «dites-moi au juste combien d’étudiants-session» ? Et ce, tout autant pour chacun de ceux-ci ? Avec combien de temps consacré pour chacun de ces individus singuliers ? Ce qui implique combien d’heures-semaine pour ce faire? »

    Il y a forcément des limites au rapprochement qu’un professeur peut entretenir avec tant d’étudiants. Mais son rôle n’est-il pas de le faire dans la mesure du possible? À tout le moins, cela est souhaitable au primaire et début du secondaire, alors que les élèves sont particulièrement sensibles à la relation maître-élève. Quant à la personnalisation de la rétroaction au regard du travail des élèves, les nouvelles technologies m’assistent formidablement dans cette tâche.

    « Un grand problème, c’est que ces questions impliquent «du fric», même beaucoup, et que dès lors, ces questions risquent d’être spontanément ramenées à des questions de «condition de travail» pour les enseignants, ou à de quelconques questions de négociations de travail »

    Ce n’est pas réellement une question d’argent, mais d’organisation scolaire. J’y arrive bien, sans pour autant que je ne coûte plus cher à l’école. Je sais… tu aimerais savoir comment diable je m’y prends. Ce serait trop long à expliquer ici. Je compte bien un jour écrire cela en détail.

    « Est-ce que dans un «programme particulier» il y a le même ratio prof/étudiant ? Et est-ce qu’on peut dire que dans un «programme particulier» la diversification des étudiants est moindre ? »

    En fait, le ratio maître-élève est plus élevé dans le Programme d’éducation internationale où j’enseigne (33 élèves/prof). Malgré la sélection des élèves, la diversité ne semble guère moindre qu’ailleurs dans l’école sur le plan ethnique. Par contre, il y a malheureusement une différence sur le plan de la motivation à apprendre. De ce côté, il y a un net avantage et une certaine homogénéité.

    On trouvera plus d’éléments de réponse dans l’apport de Sylvain, que je remercie de sa participation. Le fait que nous partagions le même milieu, d’autant plus qu’il a une plus grande expérience des divers programmes, m’est d’un grand secours. La question des programmes particuliers est beaucoup affaire de structure scolaire. Son insistance sur le besoin de réformer la structure même du système touche à un besoin de plus en plus manifeste, dans un cas comme dans l’autre.

  • florence meichel dit :

    A lire ce très intéressant billet de Malinka Ivanova sur les réflexions et innovations autour autour des outils e-learning

    http://mivanova.blogspot.com/2008/04/studentslong-tail-continuation-or.html

  • Différenciationnons

    François écrit plus haut que le ratio maître-élève est plus élevé dans le Programme d’éducation internationale où il enseigne (33 élèves/prof) ; par ailleurs, hier, j’ai fait une suppléance avec deux groupes du programme sport études de l’école secondaire Cardinal-Roy de la Commission scolaire De La Capitale : un groupe avait 23 élèves de sec IV et l’autre, 22, de sec. V ; qui plus est, quatre élèves étaient absents du deuxième groupe.

    Pour un suppléant qui ne connaissait aucun(e) de ces jeunes adultes, il est mathématiquement plus aisé de mettre au travail, individuel pour le premier groupe, une vingtaine d’élèves, puis de les motiver jusqu’à la fin du cours, qu’un groupe de 39… Avec mon deuxième groupe, au travail seul ou en équipe, j’au pu jaser en anglais, alias « interagir oralement », avec certain(e)s élèves, individuellement ou en petit groupe, on pourrait donc ±dire, de façon différenciée : ce fut une suppléance sans doute plus gérable, agréable, efficace ou différenciée que, par exemple, la suppléance en Choix de carrières qu’a laissée une enseignante X, de la même CS que François, à un(e) suppléant(e) Y : une classe de 39, oui, trente-neuf jeunes, qui plus est de sec V, qui savent tous que les Cégeps sont maintenant « au deuxième tour » d’admissions de candidats : certes, cela leur a donné de quoi jaser, mais c’est le double d’élèves de ce que j’avais hier, sauf que les 39, leur choix de carrière, ils l’ont déjà fait, alors que mes élèves d’hier se préparent à l’examen d’anglais ministériel…

    Cet hiver, à l’école secondaire Jean-De-Brébeuf, pour ne pas les nommer, le plus gros groupe fut de 32 élèves, des 11 groupes que j’ai eu, de sec. III et IV, soit ± 300 élèves que j’ai tous évalués, donc différenciés. Sauf que ce groupe de 32 élèves de l’option musique de sec III, sont dans cette option, à condition d’avoir de bons résultats scolaires ; j’ignore si c’est ce qui fait que le groupe de musique de sec. IV n’avait que deux douzaines d’élèves ? Pour en revenir à hier, fait particulier, dans ce « programme », les élèves commencent à 8h20 et terminent leur troisième période à 12h25 : leur faim était palpable. Ensuite, ils dinent, puis se rendent à leurs différents entrainements : ce que j’ai ressorti de mon interaction orale ESL différenciée avec les élèves, c’est que certains pratiquent le baseball, d’autres, la nage genre olympique, la synchronisée, le kayak, le plongeon, le hockey, le judo, etc. On pourrait difficilement différencier plus que ça ?

  • Le billet de Malinka Ivanova est très intéressant, en effet. J’en recommande la lecture à tous ceux qui s’intéressent à l’apprentissage personnalisée, et pas seulement différenciée. Ce mouvement est irréversible, peu importe les formes qu’il va prendre, forcément multiples elles aussi.

    À la lecture de commentaire de Joseph, et en lien avec celui de Sylvain, il appert que les difficultés reliées à la personnalisation des apprentissages sont davantage d’ordre bureaucratique que pédagogique.

  • C’est un plaisir de lire les commentaires de tous ! Ça permet de se faire une idée plus concrète des lieux.

    «À la lecture de commentaire de Joseph, et en lien avec celui de Sylvain, il appert que les difficultés reliées à la personnalisation des apprentissages sont davantage d’ordre bureaucratique que pédagogique.» (François)

    Je dois dire que c’était l’un des aspects importants que je tentais de mieux saisir, en m’interrogeant sur le sens à donner au «nous disposons aujourd’hui de moyens pour personnaliser les apprentissages».

    Au plaisir de lire la poursuite des échanges,
    Patrice



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