Libérer les élèves de l’école


ChuenLiberation.jpgL’autonomie est une discipline. (Adolphe Ferrière)

Depuis le rapport Parent, notre système d’éducation vise à augmenter la scolarité des jeunes en les gardant à l’école le plus longtemps possible. On a même enchâssé l’obligation dans une loi. La vision du gouvernement de l’époque a permis au Québec de procéder à une révolution tranquille, pour utiliser l’oxymoron consacré, et d’accéder au rang des sociétés modernes. Or, les temps ont changé, entraînant cette fois le monde dans son sillage. Pour continuer sur sa lancée, le Québec doit procéder à une nouvelle réforme de son système scolaire. Ce n’est pas tout de changer le programme de formation, il faut aussi refondre le cadre organisationnel.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication offrent désormais aux élèves des possibilités sans précédent de personnalisation et d’autonomie dans l’apprentissage. L’école n’est plus le seul lieu spécialisé en éducation. Paradoxalement, l’ordinateur et ses variantes ont miniaturisé l’espace d’apprentissage tout en l’ouvrant sur l’infini. Dans ces conditions, plutôt que de retenir les élèves à l’école, nous devrions chercher à les en libérer. Le taux de réussite scolaire devrait se mesurer non en pourcentage de diplômation, mais au rythme auquel les élèves s’en détachent.

On n’apprend pas à voler pour ensuite rester au nid. Encore moins s’alourdir en cherchant la sécurité illusoire du plancher des vaches. La nature foisonne d’anomalies de l’évolution, comme l’autruche.

Dans une perspective de développement personnel continu, la mission de l’école n’est plus « d’éduquer, de socialiser et de qualifier », mais d’apprendre à apprendre. Le reste suivra bien. Dès lors qu’on sait apprendre, l’école devient pratiquement inutile.

Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’affranchir l’école de son rôle de régulation des apprentissages. Une fois autonome, l’individu peut progresser plus rapidement que dans les ornières tracées pour le groupe. L’intention d’éduquer n’en sera que mieux servie.

On réussira aussi à mieux qualifier les individus en personnalisant l’accompagnement en fonction de leurs besoins éducatifs, de même que ceux de la société. Ici encore, les nouvelles technologies peuvent guider un élève dans son parcours d’apprentissage avec une consistance impossible aux enseignants qui se relaient au fil des années (voir Les TIC : un tremplin à la formation postsecondaire). L’école, dans sa structure actuelle, oblige à une série de fractures annuelles, jusqu’à la grande grande coupure.

Quant à socialiser, on surfait l’efficacité de l’école. L’apprentissage social vient bien davantage au contact de la communauté que d’un milieu artificiel. L’école, comme le milieu carcéral, génère sa propre violence. Les enfants qui font du homeschooling n’ont d’ailleurs pas plus de problèmes de socialisation que les autres. Du reste, il n’est pas si difficile d’organiser des rencontres et des sorties pour ceux qui ne fréquentent pas une école (eSchool News : Virtual schools offer clubs, field trips).

Au moment où plusieurs pédagogues cherchent de nouveaux modèles scolaires (CIEP : L’émergence d’une autre école), le homeschooling, le e-learning, le ee-learning, le blended learning et le m-learning offrent des avenues qui dispensent des énormes bâtiments dans lesquels on entasse les élèves (New York Times : Online Schooling Grows, Setting Off a Debate).

L’autonomie, la méthode et l’organisation du travail s’avèrent évidemment des conditions indispensables à l’affranchissement des élèves. Ces qualités ne sont pas données à tout le monde, quoique facilement acquises (The Seattle Post-Intelligencer : Students flocking to online study as a flexible way to work for degree). Nous aurons encore besoin des écoles pour les élèves qui ont besoin d’un cadre et d’un accompagnement humain. Mais il y a fort à parier que plusieurs atteindront ce degré d’autonomie dès le secondaire, même si cela doit se faire progressivement. Les élèves n’ont pas à venir à l’école tous les jours pour apprendre. Et pourquoi limiter le temps d’apprentissage au calendrier scolaire?

En habilitant les élèves à poursuivre leurs apprentissages hors des murs de l’école, on fera des économies sur le plan des infrastructures scolaires, du transport et du personnel. Ces économies pourront être réinvesties là où les besoins sont les plus pressants, que ce soit en éducation spécialisée, en soutien pédagogique, ou même en ressources en ligne. En outre, outiller les jeunes et les affranchir de l’école, c’est pratiquement remédier au décrochage scolaire.

Un diplôme invisible et une moyenne chiffrée sont de pauvres gages de la valeur des élèves. La reconnaissance de l’habileté à apprendre assure au moins la croissance du sujet, un objectif plus louable. Par conséquent, on gagne à la primer dès qu’elle se manifeste, et non à une date butoir.

L’école repose sur l’absurde prétention que l’apprentissage doit être érigé en système. Et tout le monde, bêtement, finit par y croire. Les élèves aussi, qui y abandonnent tragiquement leur destin.

Mise à jour, 9 mars 2008 | George Siemens présente un excellent diaporama commenté dans lequel il envisage un avenir sans cours (elearnspace : A World without Courses). Siemens commence par brosser un tableau global de l’éducation avant d’analyser comment les nouvelles technologies peuvent profiter à l’ensemble comme au particulier.


(Image thématique : Liberation, par Blueskyy Chuen)


Par ricochet :

Libérer les programmes

Le chaos appliqué à l’éducation

Pourquoi le Web change tout

La prochaine vague : l’apprentissage libre

Des chercheurs questionnent l’utilité de l’école

Internet comme agent d’émancipation

Affranchir les écoles

Vous pouvez suivre les commentaires en réponse à ce billet avec le RSS 2.0 Vous pouvez laisser un commentaire, ou trackpack.

8 commentaires



Laisser un commentaire