Blogues d'enseignants gouailleurs


Dure, dure, la vie de prof ! Il y a des jours où je sens que je vais péter les plombs. Je comprends ceux qui trouvent un exutoire dans les blogues anonymes, parfois avec le mordant d’un destrier qui ronge son frein. Un article récent en recensait une quinzaine aux États-Unis (USA Today : Teachers speak out of turn). Plus près de nous, les Confessions d’un Prof Maudit font jaser, tandis que la verve du Prof Malgré Tout fait qu’on se bidonne ou qu’on sympathise. Ce n’est pas moi qui vais les lapider, trop heureux de voir des enseignants lever le voile sur une profession écorchée vive. Il est grand temps de se débarrasser de l’image de l’école du temps des saintes-nitouches ; l’époque des couvents est révolue. Malheureusement, nous vivons à une époque où les politiciens n’entendent que le peuple qui fait de l’éclat.

La réalité scolaire, ainsi décrite, causera des grincements de dents. Il faut éviter les généralisations ; les billets n’ont généralement qu’un caractère fortuit. Au-delà des irritants sporadiques, il importe d’examiner les conséquences à long terme. Or, je suis d’avis que l’exposition de la vérité, dans un système, finit toujours par être bénéfique.

Je ne crois pas qu’il faille se formaliser de ces écrits rédigés d’une plume gouailleuse ou légère. Au contraire, je trouve rassurant de voir qu’il existe des professeurs à l’esprit si vif et à l’imagination débordante, tout en étant sensibles à leurs élèves. Il y aura immanquablement quelques aspérités, mais c’est la rançon des traits d’esprit. À côté de ce que les jeunes voient tous les jours, c’est de la petite bière.

Enfin, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. J’y trouve une forme d’expression artistique qui suscite la réflexion et l’interprétation. Parfois même une catharsis. Il y a quelque chose de libérateur à lire ceux qui décrivent les choses dans un style qui nous est étranger.

Quant à ceux qui s’inquiètent de la moralité de la profession, les réactions et les commentaires auront tôt fait de savonner les langues trop sales.


Par ricochet :

La thérapie du blog

Pourquoi les profs ne bloguent pas


Le crapaud et la grosse vache. (École et société)

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14 réponses

  • Luc Papineau dit :

    M. Guité, bien le bonjour!

    J’ai récemment co-écrit un bouquin intitulé Le grand mensonge de l’éducation (que je vous invite à lire) et, ce qui m’a frappé, c’est à quel point les profs ont peur de parler d’éducation. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’un chapitre de ce bouquin a pour titre L’omerta scolaire. Et quand les profs parlent, ils le font généralement sous le couvert de l’anonymat.

    Pourtant, si on veut changer les choses, l’exercice du droit de parole est essentiel.

  • Patrick dit :

    Alors je me questionne sérieusement: À quand la création d’un ordre professionnel pour redonner plus de crédibilité ? Présentement ce n’est pas le cas, les enseignants perdent des plumes au fil des années.

  • Luc Papineau dit :

    M. Patrick,

    Très honnêtement, il faudrait expliquer ce qu’un ordre professionnel a à voir dans un pareil débat. On n’écoute pas les profs quand ils sont syndiqués, on ne les lit pas quand ils publient des livres ou des blogues.

    La meilleure façon de ne pas avoir à tenir compte de la réalité qu’ils énoncent est encore l’indifférence. Ordre professionnel ou pas, on ne changera rien là-dessus… regardez du côté des médecins: ils ont droit à la même médecine gouvernementale.

  • Marc St-Pierre dit :

    Je suis d’accord avec M. Papineau: nous n’avons rien à tirer d’un ordre professionnel, il est tellement plus impératif de maintenir le mythe que le Seigneur, dans sa grande bonté, nous a fait le privilège, à nous les éducateurs, de nous créer tous égaux et moyens. Comme dans le cantique: « Nous sommes tous les mêmes sous le regard de Dieu… ». Et gare à l’épée de l’Archange vengeur si par malheur l’un de nous dérivait de l’orthodoxie égalitaire.

    Et la preuve que nous sommes tous égaux et moyens, c’est qu’un jeune enseignant qui débute peut avoir la pire des tâches avec les élèves les plus difficiles, et ça n’affectera en rien la qualité des services offerts. La compétence ne veut rien dire, l’expérience non plus. Tout ce qui compte c’est l’état de grâce permanent et la foi dans le salut éternel. Gagne ton ciel !

    Un ordre professionnel, dans une logique professionnelle et païenne finirait sûrement par en entraîner dans l’hérésie en disant que les meilleurs profs devraient être offerts en pature aux élèves qui ont les plus grands besoins. Ce serait le retour à la barbarie, comme quand on envoyait ses meilleurs missionnaires se faire brûler chez les Iroquois…

    À quand un blogue juste pour vous M. Papineau !

  • Luc Papineau dit :

    Je n’ai rien contre l’ironie, mais il ne faut pas me prêter des intentions qui ne m’ont même pas effleuré l’esprit. Seulement, je ne comprends pas le lien entre le propos de cette série de billets et un ordre professionnel. il faut m’expliquer: je dois être bête à pleurer.

    Le seul point que je souligne cependant, c’est que la création d’un ordre professionnel n’est pas un remède-miracle à tous les maux. Quant aux archanges et autres pratiques religieuses, je ne les partage pas nécessairement. Je souligne que mon syndicat d’enseignants estime que mes eux bacs valent un brevet A.

    Enfin, quant aux missionnaires, je dois avouer que la notion de vocation est le pire piège à con dans l’enseignement. C’est au nom de la vocation qu’on en demande toujours plus…

  • Ce billet illustre des réalités:
    1. oui, les nouvelles enseignantes/ nouveaux enseignants sont plus jeunes et utilisent les blogues. Alors, il est plus possible qu’ils bloguent.

    2. Les blogues sont vus comme ménace par ceux qui ne les comprennent pas.

    3. ceux qui bloguent sont vus comme menace à ceux qui ont de l’ancienneté dans le système. Quelqu’un qui est fort est vu comme quelqu’un qui en sait tout. Et quand on est le nouveau prof, on conseill de ne pas avoir d’avis, d’opinions. (au moins, où j’étais) Alors, quelque chose comme ça est vu comme menace aux autres personnes.

    4. L’utilisation de blogues commence un bon discours à décider ce qui est mieux à faire et à parler. Il faut décider ce qui est privé et ce qui est publique. Et maintenant, peut-être c’est quelque chose qu’on peut enseigner aux élèves: comment distingue-t-on quelque chose privé et inapproprié pour un blogue contre ce qui est acceptable.

    Je pense que ma raison pour laquelle j’écris le mien en français (sauf l’un pour la famille en anglais) est parce que j’ai peur de ne pas pouvoir chercher un autre poste.

  • M. St-Pierre, je suis tout à fait convaincu que M. Papineau a raison lorsqu’il affirme que « la création d’un ordre professionnel n’est pas un remède-miracle à tous les maux ». Plus encore, dans le cas du problème précis que vous évoquez ici, un ordre professionnel serait parfaitement inutile parce qu’inopérant. Un ordre professionnel des enseignants ne pourrait pas régler un problème d’affectation qui est actuellement régi par convention collective. Pas plus que l’ordre des médecins ne peut imposer à ses membres d’aller travailler en région ou à ses « meilleurs » membres de travailler dans des milieux marqués par de graves problèmes de santé. On pourrait d’ailleurs dire la même chose des infirmières, des avocats, etc. D’ailleurs, à ma connaissance, les ordres professionnels n’établissent pas un classement de leurs membres en fonction de leur compétence.

  • philo dit :

    Monsieur Papineau parle d’un livre qu’il a co-écrit. Je l’ai cherché sans le trouver. Où peut-on se le procurer?

  • Luc Papineau dit :

    J’apprécierais que M. Saint-Pierre ait la politesse de venir préciser ses propos équivoques. Je trouve que ce genre de procédé (soit celui de venir garrocher des roches et de se pousser) est peu respectueux de l’esprit qui devrait animer des échanges dans le cadre d’un blogue.

  • Marc St-Pierre dit :

    Évidemmentl’ironie, et j’en ai abondamment usé, est un procédé exigeant pour le lecteur qui doit tout lire et décoder au second degré. Ce que je dis est tout simple: ce qui entrave l’émergence d’une véritable culture professionnelle chez nous, c’est notammentle mythe du tout pareil et tous égaux. Je comprends l’objection de M. Chartrand quant à ce qui découle des contrats de travail. Mon exemple ne visait pas tant à promouvoir la création d’un ordre qu’à dénoncer les paradoxes de la culture égalitaire qui, elle, y fait entrave.

    « On n’écoute pas les profs quand ils sont syndiqués, on ne les lit pas quand ils publient des livres ou des blogues », nous écrit M. Papineau. Alors, pourquoi supposer à l’avance qu’un ordre ne ferait pas avancer le discours et la cause ? Je viens d’un lieu où on ne s’acharne pas avec des solutions qui ne donnent rien. On essaie autre chose. Or, visiblement, pour M.Papineau, être syndiqué, publier ou bloguer ne donne pas grand chose. Alors, je nous souhaite simplement autre chose. Dire qu’un ordre professionnel n’est pas la solution à tous les maux, n’est-ce pas sous-entendre qu’il pourrait en solutionner un certain nombre?

    Pour en finir M. Papineau, oui je l’admets, j’ai peut-être surréagi face à vos propos. Je m’en excuse. Le ton de mon billet traduit davantage l’état d’irritation où j’étais après vous avoir lu. Ce que j’aurais dû vous dire, c’est que je souhaiterais qu’ici ou ailleurs, vous arriviez plus souvent avec des propositions, des suggestions constructives. La critique est facile. Vous êtes sûrement plus que ce que Charlebois appelle un « raté sympathique ». Vous savez, il est bien facile de cracher dans la marmite quand on est pas obligé de manger la soupe. Je n’aime pas la facilité. On blogue pour échanger, certes, mais pour construire aussi. Vous savez, c’est être poli aussi que de laisser quelque chose aux gens qui nous reçoivent chez eux. Il me semble.

  • Luc Papineau dit :

    M. St-Pierre,

    Le propos de cette série de billets était de parler des blogues d’enseignants gouailleurs, je crois. Vous avez dérivé quelque peu du sujet.

    Pour ma part, j’y mentionnais l’omerta qui existe en éducation quand vient le temps pour certains de s’exprimer et de l’importance d’exercer son droit de parole.

    M. Patrick nous arrive alors avec l’idée de la création d’un ordre professionnel pour nous redonner de la crédibilité dans nos propos, une hypothèse à laquelle je ne souscris pas.

    Il existe de nombreuses professions qui ont des ordres profesionnels et qui ne jouissent pas d’une plus grande crédibilité auprès du public et du gouvernement. Certaines ont même toutes les allures de corporations professionnels.

    Vous débarquez alors avec toute la subtilité d’un char d’assault en me prêtant des intentions que je n’ai même pas. De plus, vous parlez d’égalité des enseignants, d’othodoxie égalitaire, de meilleurs enseignants et de païens.

    On sent chez vous – à tort ou à raison – un anti-syndicalisme peu nuancé. Si je peux vous rassurer sur mon esprit critique à l’égard de mon syndicat, j’ai beaucoup de difficulté à comprendre comment – dans sa logique d’équité – l’expérience peut donner à un esneignant un salaire plus important que sa scolarité? Cependant, je me garde bien de croire qu’un ordre professionnel ferait mieux.

    Un ordre professionnel devrait-il d’ailleurs déterminer les meilleurs enseignants pour les envoyer auprès des élèves qui en ont besoin comme vous le sous-entendez? Est-ce son rôle?

    Pour terminer, je pense avoir fait preuve, M Saint-Pierre, de positivisme en indiquant que l’exercice du droit de parole est essentiel dans notre profession, même s’il est souvent exercé en vain. Je ne crois pas avoir craché dans la soupe de quiconque en mentionnant les limites d’un ordre professionnel. Mais j’estime que votre réaction est disproportionnée, si je puis puis dire.

    En passant, je n’ai pas de difficulté à décoder l’ironie, mais j’ai la prudence de ne pas défoncer des portes quand je ne suis pas sûr qu’elles sont fermées. Il est désolant que vous preniez ma délicatesse pour de la bêtise et que votre irritabilité se traduise par des propos personnels qui peuvent être blessants.

  • Une élève dit :

    Je suis une élève de M. Papineau et je trouve que M. Papineau devrait sortir un autre livre, car j’aime ses opinions. En classe, il affirme qu’il n’a pas peur de faire valoir son point de vue.

  • En tout cas, M. Papineau doit être un fameux enseignant pour se faire ainsi apprécier de ses élèves, et un formidable professeur de français pour qu’ils écrivent sans faute. Bravo!

  • À L'ordre dit :

    Simplement pour vous signaler le but d’un ordre professionnel

    « voir à la sécurité du public »

    S’assurer que la population reçoive des services sécuritaires…



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