Repenser les environnements d'apprentissage

S’il est vrai que l’environnement façonne les apprentissages, comment expliquer que la réforme de l’éducation au Québec mise tant sur les méthodes et le contenu, sans égard à l’environnement d’apprentissage ? La réponse, évidemment, est affaire d’argent : il en coûterait beaucoup trop cher de transformer l’espace physique des écoles. Mais il vaut la peine, néanmoins, de souligner l’aberration d’une réforme coincée dans des écoles bâties sur d’anciens modèles d’apprentissage. Diana Oblinger, qui nous avait déjà offert Educating the Net Generation, a mis en ligne son dernier livre : Learning Spaces. George Siemens porte à notre attention cette formidable citation :

Spaces are themselves agents for change. Changed places will change practice.

L’aménagement des écoles traditionnelles favorise certaines formes d’enseignement. Il est difficile d’évaluer le mérite de méthodes pédagogiques plus modernes quand les conditions entravent son application. Non pas que cela explique les déboires de la réforme, mais c’est à considérer.

Dans une autre nouvelle, un chercheur de la Clinique Mayo recommande que l’on se débarrasse des pupitres avec chaise pour encourager le mouvement et combattre l’épidémie d’obésité (Mayo Clinic : Mayo Clinic Obesity Researchers Test “Classroom of the Future”). L’idée n’est pas si farfelue, considérant la réputation de la Clinique Mayo et le fait que le projet Classroom of the Future repose sur 10 années de recherches internationales (voir le diaporama).

    ClassroomFuture.jpg


Pour ma part, j’ai constaté que les élèves sont plus actifs et plus motivés quand ils ont l’occasion de bouger. Dans une perspective d’exploration et d’acquisition de savoir-faire, il est tout à fait normal que les jeunes éprouvent le besoin de bouger. L’enfance est caractérisée par une énergie qu’il faut mettre au profit de l’apprentissage. il est dommage de la refouler, contre nature, par l’immobilisme d’un banc d’école. Malheureusement, le besoin de bouger des enfants s’accorde mal avec les besoins ou l’endurance de l’enseignant. Il y a certainement des façons de concilier les besoins de chacun. Mais il faut, pour cela, se mettre à l’expérimentation et au partage de l’expertise.

Mise à jour, 20 septembre 2006 | Pour donner suite à une demande de Christian Jacomino dans un commentaire ci-dessous, j’ajoute une photo tirée d’un article de Boston.com (Fidgeting in Classroom may help students).

Fidgety.jpg


Par ricochet :

Les classes en tant que boîtes à sardines

Éduquer la génération Internet

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10 réponses

  • Luc Papineau dit :

    Quand la réforme s’apprêtait à frapper aux portes du secondaire, j’ai demandé à un directeur d’école combien était prévu pour aménager les locaux de classe puisque, pour vivre des projets, il faut de l’espace et un aménagement conforme à une philosophie de travail plutôt différente que celle de l’enseignement traditionnel. Sa réponse fut laconique: «Rien.»

    Pourtant, dans certaines écoles ciblées pour expérimenter la réforme, j’ai lu que des budgets avaient été débloqués à cette fin…

    En fait, les seules sommes d’argent destinées à la transformation de locaux sont celles consacrées à l’aménagement de laboratoires en sciences.

    Quand on fait une réforme aussi ambitieuse en n’y consacrant que si peu d’argent, pas étonnant qu’elle connaisse des ratés.

  • Cette question est passionnante… Pour la lecture déclamée, il est facile de constater que les choses ne se passent plus du tout de la même manière si on permet aux enfants de quitter leurs chaises derrière les tables pour se lever, se déplacer…
    Le dispositif 1 chaise + 1 table par enfant est très individualiste et ne facilite pas du tout la communication. Quand on retire ces entraves, il est remarquable que l’on commence à se parler.
    Mais il y a une autre question: celle des moyens mis en oeuvre. Pour ma part, il ne m’a jamais été donné de visiter une classe dans laquelle le dispositif matériel, l’agencement de l’espace aurait été conçu en même temps que le projet pédagogique. J’entends bien qu’une pareille cohérence ne pourrait pas être atteinte partout, faute de moyens. Mais il me semble que si nous pouvions citer des dispositifs vraiment expérimentaux, des sortes de Formule 1 de la pédagogie, tout le monde s’en porterait mieux, car cela nous servirait de référence, nous pourrions à tout le moins en parler.
    Ces Formules 1 doivent bien exister quelque part… Serions-nous trop infantiles et trop jaloux pour accepter qu’on nous les désigne, qu’on nous les montre?
    Et sans cela, comment pouvons-nous espérer que nous améliorerons nos techniques, notre savoir-faire?

  • André Roux dit :

    Avant d’investir, car c’est bien d’investissement et non de dépenses dont il s’agit ici, il faut donner aux enseignants et enseignantes du temps pour repenser leur espace (au primaire comme au secondaire).

    Il y a 20 ans, j’ai eu cette chance. J’ai pu penser puis élaborer un environnement pédagogique informatisé, le projet ESSAIM.

    Les sommes investies par la suite ont étés «plus que rentables».

    http://renard.effetdesurprise.qc.ca/article.php3?id_article=19

  • Luc Papineau dit :

    Vous avez bien raison, M. Roux, mais la réalité, c’est que, généralement, un directeur d’école est un gestionnaire, pas un pédagogue. Parlez-lui du bien-être de l’élève et de ses apprentissages, il vous répondra: «Combien?» Voilà notre belle réalité éducative.

  • Luc montre à quel point les dirigeants manquent de vision. J’éprouve exactement la même frustration. Ça fait du bien, d’une certaine façon, de savoir qu’on n’est pas seul à peiner dans cette galère.

    Au coeur de la Révolution tranquille, à la suite du Rapport Parent, le Québec n’a pas craint d’investir massivement dans l’éducation, propulsant ainsi la province dans l’ère moderne. Je ne crois pas que l’on puisse imaginer où nous en serions aujourd’hui sans la vision des grands politiciens de l’époque. Je suis persuadé que les investissements d’alors ont été fort rentables à long terme. De nos jours, on claironne une “réforme” de l’éducation, bien « faiblarde » (comme dirait Trudeau) sans les moyens financiers pour la mener correctement.

    J’aime bien l’idée de Christian à l’effet que « le dispositif 1 chaise + 1 table par enfant est très individualiste et ne facilite pas du tout la communication ». Par ailleurs, ça me semble une invitation à la passivité.

    Il n’en demeure pas moins qu’André a raison : on ne saurait investir des sommes importantes dans le réaménagement des espaces d’apprentissage sans un examen sérieux des objectifs poursuivis. Mais encore faut-il qu’il y ait des budgets pour le faire, comme le fait justement remarquer Luc dans son deuxième commentaire.

  • J’ai poursuivi le commentaire sur mon blog (http://www.voixhaute.org/article-3873264.html).
    Je dis bien que ce qui m’impressionne le plus dans ce modèle, c’est ce qui coûte le moins cher, à savoir la station debout, les pupitres et les plaques de liège. J’ai très envie d’aménager un espace de cette manière pour tenter de savoir tout ce qu’on peut en tirer.
    Savez-vous si cela a déjà été fait ailleurs (peut-être chez vous)?

  • Ce n’est certainement pas chez nous qu’on trouvera un exemple d’environnement d’apprentissage moderne. L’école est dans un état de décrépitude lamentable, et il n’y a certainement pas d’argent pour du nouveau mobilier ou un réaménagement des lieux. Je me retrouve dans la même situation que Luc.

    C’est pourquoi je suis impressionné par votre résolution, Christian. J’ai trouvé dans mes archives deux articles qui pourront vous intéresser : In this school, the classroom revolution is now a reality – all 360 degrees of it et Fidgeting in classroom may help students. Comme la photo semble avoir disparu du dernier article, je prends la liberté de l’afficher ci-dessus (voir la mise à jour).

  • Jean Trudeau dit :

    Au départ, il faut une vision et une volonté politique. Et c’est possible. Ailleurs. Le Gouverneur de l’État de Pensylvanie, par exemple, vient de lancer le programme Classrooms for the Future (c’est à lire!) designed to ensure there is a laptop on every high school classroom desk in English, Math, Science and Social Studies in all public high schools and career and technical centers. A robust companion professional development program will guarantee that high school teachers are prepared to integrate these and other technologies into their instructional practices. Le programme est assorti d’un budget de 20 millions de $ répartis d’ici trois ans dans les Districts selected for participation based on their plans to use the technology in terms of how it would change teaching and improve classroom learning. La vision du Gouverneur Ed Rendel est bien simple : If we are to adequately prepare our students to effectively compete in the global marketplace, we must transform how they learn and how teachers teach. (En voilà un qui a compris que la technologie pouvait être un outil stimulant et rassembleur en éducation!)

  • Quoique les nouvelles technologies ne représentent qu’une composante dans les déboires de l’éducation au Québec, elles n’en constituent pas moins un aspect important. Tu as raison de souligner la question de vision. Je me demande comment les prochaines générations vont juger la génération des baby-boomers qui tiennent actuellement les rênes du gouvernement. Déjà, certains caractérisent cette génération d’égoïste. J’ai l’impression que l’histoire ne sera pas tendre.



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