Le clivage technologique


Je dois me rendre à l’évidence qu’il existera toujours, en éducation comme ailleurs, un clivage technologique. L’usage des nouvelles technologies, après tout, n’est pas une compétence innée. J’avais espoir que l’arrivée des jeunes enseignants et l’avènement de la génération Internet entraîneraient un raz de marée technologique pour optimiser les apprentissages. Mais quelques observations récentes me font déchanter.

D’abord, il y a eu cet aveu de plusieurs jeunes, lors de la formation sur les blogues scolaires, qu’ils sont rébarbatifs aux nouvelles technologies, provenant même de très bons élèves du Programme d’éducation internationale. Les médias véhiculent le cliché à l’effet que les jeunes nagent tous dans les nouvelles technologies comme des poissons dans l’eau. Ce n’est pas le cas. Malgré qu’ils ont un ordinateur à la maison et qu’ils aient suivi des cours d’informatique à l’école, plusieurs n’ont aucune affinité pour les outils électroniques.

Ensuite, je vois bien que le fossé pédagogique se creuse entre les professeurs qui possèdent un ordinateur portable et les autres. Non pas que les méthodes des uns soient supérieures à celles des autres, mais l’écart rend plus difficiles la collaboration et l’interdisciplinarité.

Le dernier coup a été porté par une jeune collègue, professeure de mathématique dynamique et engagée, à qui je demandais aujourd’hui, un peu débonnairement, si elle aimerait que l’école lui donne un ordinateur portable pour son travail. Elle a expliqué son refus, catégorique et spontané, par la crainte que cela lui bouffe tout son temps et l’aspire dans un trou noir technologique. Il s’agit d’une considération parfaitement légitime.

Avant la révolution technologique, le système scolaire se caractérisait par une certaine uniformité. Maintenant qu’une fracture se dessine, tant chez les professeurs que chez les élèves, où cela mènera-t-il ? À première vue, je crois que cette diversité est profitable à l’éducation, dans la mesure où elle se fait dans l’acceptation plutôt que les querelles. On gagne toujours à observer des pratiques inconnues.

Quant aux élèves, les disparités dans les aptitudes mènent nécessairement à l’individuation des apprentissages.

Mise à jour, 18 juin 2007 | Selon les directeurs du Futurelab, la fracture numérique est le prochain agent de clivage social (BBC : Digital divide ‘is still there’). Pour Keri Facer, il ne s’agit pas d’investir dans les nouvelles technologies de l’information, mais également de moderniser leur utilisation en classe. Pendant que l’on montre aux élèves des milieux défavorisés la mécanique des nouvelles technologies, ceux qui baignent dans un environnement technologique ont depuis longtemps accédé au stade de leur application au quotidien.


Par ricochet :

Statistiques Canada : prof n’égale pas TIC

Ce que tout élève devrait apprendre

L’appropriation des TIC par les ados

L’éducation de l’I-génération

Les TIC : un indicateur de réussite scolaire

Pourquoi les profs ne bloguent pas

Le fossé technologique entre le MELS et les jeunes

Les technologies transforment l’apprentissage

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4 réponses

  • « Avant la révolution technologique, le système scolaire se caractérisait par une certaine uniformité. »

    Je suis pas certain de cette affirmation.

    Avant quelle révolution technologique ?

    J’ai l’impression que l’absence d’uniformité et les clivages entre élèves ou entre membres du personnel enseignant a toujours existé. Elle était peut-être tout simplement moins visible au grand jour, les habiletés technologiques (liées aux TIC) étant probablement plus spectaculaires que d’autres. Il n’y a qu’à se souvenir de la révolution pas-si-lointaine de l’audio-visuel…

  • Pour avoir connu l’expérimentation de l’audiovisuel dans les écoles, qui a été de courte durée et un échec parce qu’elle reposait sur un paradigme encyclopédique et monopolisait beaucoup trop de temps de classe, je ne la qualifierais pas de révolution. Mais je trahis mon âge ;-)

    L’uniformité à laquelle je fais allusion est certainement bien antérieure à l’époque où Benoit a commencé à travailler. Quand j’ai commencé à enseigner, à la fin des années 70, il y avait beaucoup moins de querelles pédagogiques qu’il n’y en a aujourd’hui, d’où la révolution des technologies de l’information et des communications à laquelle je faisais allusion. Si les nouvelles technologies n’ont encore réussi qu’une mince percée dans la pratique pédagogique, elles auront au moins réussi à disséminer l’information et à faire connaître une variété de courants et de méthodes d’enseignement et à susciter la discussion (et les débats). C’est déjà beaucoup. Benoit a raison de dire qu’elles servent à mettre à jour les différends entre les enseignants. Mais elles font plus que cela. En disséminant les idées à tout vent, on voit émerger des modèles qui s’opposent. En ce sens, les nouvelles technologies contribuent à exacerber les polémiques.

  • A méditer…
    Le changement n’est pas une valeur portée par tous quelque soit l’âge.
    Les nouvelles technologies (enfin ceux qui les implantent) ne sont pas forcément là pour faire notre bonheur.

    Petite anecdote en passant:
    La qualité des documents en classe s’est améliorée à partir du moment où nous avons quitté les stencils et que l’ordinateur a permis de réaliser des documents corrects notamment en scannant les documents et en travaillant la mise en page. Les premiers enseignants maîtrisant les outils ont su alors séduire leurs élèves. Quelques années plus tard, alors que la fichomanie informatique avait colonisé toutes les classes et tou-te-s les enseignant-e-s (ou presque), mes élèves —qui n’arrivaient notamment plus à gérer toute cette masse de documents journaliers— me remerciaient parce que j’écrivais au tableau noir, que je les faisais écrire dans un cahier et que je distribuais fort parcimonieusement des documents volants.
    La modernité et le progrès prennent parfois des tours bien curieux !

  • Les nouvelles technologies, effectivement, ont le don de nous en mettre plein la vue, au point de nous éblouir. Du coup, on perd facilement de vue l’objectif poursuivi. Et comme le dit pertinemment Lyonel, elles ne doivent pas non plus servir à ensevelir les élèves sous la paperasse. À cet effet, je trouve que les blogues sont un fameux outil : j’ai pris l’habitude d’offrir le matériel de classe sur mon blogue d’école et de laisser les élèves télécharger ou imprimer les documents selon leur bon vouloir. Non seulement le matériel est-il accessible de la maison, mais les élèves impriment uniquement ce dont ils ont besoin.



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