Pauvres parents


Je rentre d’une soirée où les enseignants rencontrent les parents pour la première fois. Il se fait tard, mais une certaine rage m’empêche de dormir. Ce constat, surtout, qu’à l’ère de la réforme, les parents sont toujours laissés pour compte. Dans son approche auprès des plus importants partenaires dans la dynamique de l’apprentissage, l’école (la mienne, du moins) n’a absolument rien changé. En ce début d’année scolaire, un moment si crucial pour les élèves, nous ne trouvons rien de mieux pour l’occasion que de procéder à une opération charme (lire marketing) auprès des parents pour acheter la paix.

Depuis une quinzaine d’années que je m’échine dans cette école, je ne crois pas que cela ait jamais changé. Chaque enseignant produit un plan de cours de trois pages, soigneusement uniforme, qui est ensuite imprimé pour tous les parents. Cela fait un joli document d’une trentaine de pages, d’allure très institutionnelle, mais farci d’illusions et qui n’a aucune commune mesure avec la réalité de la classe. Parce que la pédagogie s’opère au quotidien, non-pas six mois à l’avance.

Je le vois d’ailleurs à l’air hagard des parents, avides d’information pour bien comprendre les pratiques modernes et aider leurs enfants à réussir. Sinon, pourquoi se déplaceraient-ils ? « Pour voir la binette des enseignants », dit-on. C’est bien sous-estimer la capacité et la volonté d’une génération de parents, soi-disant en passant, généralement scolarisée.

Il est vrai, par ailleurs, que les parents ne s’attendent à rien de plus, considérant qu’on n’accorde aux enseignants qu’une douzaine de minutes pour débagouler leur baratin. Effectivement, en douze minutes, on n’a que le temps de réciter les sornettes d’usage : le programme de formation, les composantes, l’évaluation, quelques exemples de projets dont on est fier (histoire de montrer qu’on est passé maître dans la pédagogie du projet), les devoirs, et patati ! et patata ! Après quoi les parents défilent hors de la classe, l’air désemparé, en vous jetant un sourire poli.

Quelques enseignants osent balancer les plans de cours et d’aborder des questions plus importantes. Comment les enfants apprennent-ils ? Quelles difficultés éprouvent-ils généralement ? Comment les parents peuvent-ils aider ? Pourquoi le soutien parental est-il si important ? Comment composer avec l’adolescence ? Qu’est-ce que les compétences transversales, bien sûr, mais aussi, pourquoi sont-elles si importantes ? Comment les nouvelles technologies peuvent-elles faciliter les communications entre l’école et la maison ? Et j’en passe, bien sûr, parce que le temps est minuté.

Et ils sont tous là, sagement assis, gobant toute l’information sans oser intervenir. Douze minutes, c’est vite passé ! Car il y a la cloche, forcément, qui régimente tout çà. Et pourtant, les questions palpitent sur les lèvres, les objections arquent les sourcils, tandis que les craintes pétrifient les gestes. L’éducation, on dirait, est encore une affaire de monologues.

Comme je voudrais leur donner la parole. Les parents pourraient tant faire si l’école réussissait à les incorporer, plutôt que de les confiner dans un conseil d’établissement qui se réunit seulement quand tous les élèves ont quitté l’école. À défaut de savoir, ils ont au moins la volonté d’aider leurs enfants. Même ceux à qui il manque les connaissances nécessaires peuvent contribuer un précieux soutien affectif. À long terme, je suis persuadé que mon travail en serait allégé.

L’idée d’une école communautaire me semble de plus en plus distante.


Par ricochet :

Des écoles communautaires pour le Québec ?

Écoles communautaires

Bloguer pour l’éducation des parents

L’école, lieu d’éducation ou d’Éducation

Facteurs de réussite scolaire

Vous pouvez suivre les commentaires en réponse à ce billet avec le RSS 2.0 Vous pouvez laisser une réponse, ou trackback.

2 réponses

  • Bonjour,

    Le conseil d’établissement n’est-il pas composé de parents?

    Si oui, pourquoi n’interviennent-ils pas pour que les choses changent?

  • Le conseil d’établissement n’est pas composé uniquement de parents. Les enseignants y sont représentés à part presque égale, et la direction y siège obligatoirement. Quoique la direction n’ait pas droit de vote, mon expérience en tant qu’enseignant siégeant au C.E. m’a appris que son autorité et son influence sont prépondérantes. En deux ans, je n’ai jamais vu le C.E. aller à l’encontre de la volonté de la direction qui sait très bien opérer dans les coulisses. Cela fait d’ailleurs partie du jeu de la démocratie, et on ne peut pas l’en blâmer.

    D’autre part, le C.E. siège si peu souvent qu’il a d’autres chats à fouetter que les considérations évoquées dans ce billet. Et puis, je ne suis pas sûr de la connectivité de l’ensemble des parents avec leurs représentants sur le C.E.



Laisser un commentaire à François Guité

*