Ludovia 2011 : encore les ENT

L’être humain est une réalité complexe qui inscrit dans son environnement une nécessaire diversité.
(Yves Bonnefoy)

Les environnements numériques de travail (ENT) occupent beaucoup l’espace à Ludovia. C’est du moins un sujet qui est revenu plusieurs fois lors des discours protocolaires et que je lis sur plusieurs badges de participants. Heureusement, les conversations me rassurent.

Il y a eu, pour revenir un instant aux discours protocolaires, cette rafraîchissante intervention d’Albert-Claude Benhamou, l’initiateur de Sankoré, qui a lancé un appel au développement de ressources libres et gratuites pour l’Afrique, sans égard aux intérêts économiques de la France.

C’est très stimulant, Ludovia. D’abord, l’endroit est splendide. À couper le souffle, vraiment, pour qui n’a pas l’habitude des villages remontant les flancs de la montagne, comme pour échapper au torrent qui déferle à ses pieds.

Surtout, il y a les gens. Ceux que l’on revoit avec plaisir, et ceux que l’on découvre avec émerveillement. La conversation me ramène constamment à la dimension sociale de l’apprentissage. La convivialité de ce rapprochement contraste tant avec la gravité de l’ambiance de la classe que je m’étonne qu’on n’ait pas encore saisi la fracture entre le naturel du premier et l’artificialité du second.

Puisqu’il est question d’artificialité en éducation, je cherche encore à comprendre l’engouement en France pour les ENT, alors que la plupart des pays occidentaux ont vite abandonné cette voie. Les Français savent-ils quelque chose des ENT qui échappe aux autres, ou bien s’obstinent-ils à promouvoir un modèle numérique d’apprentissage qui correspond davantage à leur contrat social, tel que perçu par les décideurs? Peut-être trouverai-je réponse à cette question dans les jours qui viennent.

On ne saurait trop éloigner les ENT de la notion de mobilité. D’abord, il faut savoir si l’on conçoit la mobilité en éducation comme reliée à la classe, ou plutôt dans une perspective de mobile learning où l’apprentissage se fait n’importe où, n’importe quand, sans égard à l’école. Autrement dit, conçoit-on la mobilité dans une perspective scolaire, plus restreinte, ou, plus largement, dans une vision éducative? Les conversations que j’ai eues, et ce que j’ai entendu des participants, me font croire que plusieurs penchent pour la seconde.

Nous verrons bien par la suite.

Mise à jour, 30 août 2011 | À la lumière du commentaire de Mario Asselin, à qui je suis une fois de plus redevable, j’ai modifié le texte pour corriger mon ignorance quant au formidable travail d’Albert-Claude Benhamou et du projet Sankoré.


Par ricochet :
Ludovia 2011 : fidèle à soi-même

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10 réponses

  • Tu es rapide sur la gachette… déjà un premier billet ;-)

    Le nom de celui que tu évoques au premier paragraphe est Albert-Claude Benhamou. Plus d’infos sur l’initiative à l’adresse http://www.sankore.org

    Pour ce qui est des ENT, j’opte pour la deuxième proposition : ils s’obstinent…

  • Excellent billet cher ami!
    Je te rejoins sur toute la ligne. Les ENT sont bien le reflet d’une manie de mon pays : vouloir réinventer la roue. Même si cette roue n’est pas adaptée aux rouages.
    Mais voilà, les ENT sont l’outil idéal pour une institution dont les décideurs aiment à croire que la centralisation est source d’un meilleur contrôle.
    Quoiqu’il en soit, quelle tristesse de voir tout cet argent et ce temps consacré à ces ENT qui sont un modèle de fermeture, de repli, alors que nous devrions ouvrir et le coeur et l’esprit de nos élèves.

    • Cette deuxième confirmation, d’un Français cette fois, m’indique que je ne suis pas tant à côté de la voie dans ma perception des ENT. Je sors d’une table ronde intéressante sur le sujet des ENT, notamment au regard d’une participante qui a osé exprimé une dissidence que j’évoquerai dans le prochain billet.

  • Je te félicite de poser ici les vraies questions au sujet d’espaces numériques bien emmurés. Du débat peut jaillir la lumière. Des ENT, il y en a pas seulement en France. Ici au NB, je conserve une réserve face au portail Sharepoint en éducation, une sorte de Cité de Troie, avec peu ou pas d’écoutilles sur le reste du monde, « où l’apprentissage se fait n’importe où, n’importe quand, sans égard à l’école. »

    La suite de cette discussion semble prometteuse car en toile de fond, c’est essentiellement la conception même de l’apprentissage dont il est question…

  • ENT: Environnement qui permet de se convaincre qu’on a pris le tournant du numérique en matière de travail et d’apprentissage, tout en conservant la hiérarchie et le contrôle qui caractérisent le fonctionnement classique des organisations, évitant ainsi de s’en affranchir au profit d’un fonctionnement en réseau.



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