Évaluation de l'information internet


BookGris.jpgLe vrai génie réside dans l’aptitude à évaluer l’incertain, le hasardeux, les informations conflictuelles. (Winston Churchill)

Avec la démocratisation des moyens de publication, on s’inquiète forcément de la validité de l’information. Dans la discussion en marge de la conférence sur le connectivisme, un
professeur affirmait interdire Wikipedia à ses étudiants. Ceux issus de la culture rangée du livre acceptent difficilement le fatras de la culture participative. Or, dans le désordre, l’analyse et le jugement critique règnent. Dans ce contexte, Didier Destatte attire pertinemment notre attention sur la Journée d’étude des URFIST : Évaluation et validation de l’information sur Internet. L’événement a attiré plusieurs conférenciers dont les présentations sont offertes en ligne, une autre évidence de la magie d’internet. J’aime bien la formule de la vidéo juxtaposée au diaporama. Avec son acuité habituelle, Didier met en relief la présentation d’Élisabeth Noël qui souligne la nécessité d’apprendre à trier l’information.

Les nouvelles modalités de circulation de l’information posent, de manière cruciale, la question de la formation à l’évaluation des sources et documents. Sauf à postuler une autonomie de jugement naturelle chez les élèves et les étudiants, aucun enseignant ne peut se désintéresser de cette question, dont la prise de conscience dans notre système éducatif reste encore balbutiante.

Je crois savoir que les critères de qualité du MELS expliquent en partie la lenteur à produire des manuels, de même que sa réticence à autoriser le matériel didactique évolutif en ligne. Mais internet a radicalement changé la donne; le jugement critique au regard de l’information s’avère dorénavant une compétence essentielle, tant pour les enseignants que les élèves. Maintenant qu’on a débridé l’information, l’avenir appartient à ceux qui sauront l’apprivoiser.

Cette nouvelle réalité désarçonne les enseignants entraînés à la certitude du livre. Bannir progressivement internet, comme font certains, cultive l’ignorance et l’incompétence face aux nouveaux médias. D’où l’urgence de doter les professeurs de portables. L’expérience seule permet la familiarisation avec l’objet, la dissipation des craintes et l’émergence de stratégies d’utilisation. Quant à la validité de l’information, on s’inspirera des 6 questions du cyberespace, du Réseau Éducation-Médias.

Les élèves n’apprendront pas à jauger l’information en les confinant à un rôle de récepteur. Quoique louable, une initiative comme Credibility Commons effleure à peine la surface. En publiant eux-mêmes, cependant, ils prennent conscience de leurs lacunes et, par induction, celles d’autrui. J’ai constaté le phénomène sur les blogues de l’école, où non seulement les élèves se corrigent mutuellement, mais ajoutent à certains billets une mise en garde quant à la validité de l’information.

La plupart des professeurs, malheureusement, se complaisent dans une culture de réception d’information. Ils gagneraient à changer de paradigme. Toute la communauté y gagnerait.

(Image du début : Le Livre, de Juan Gris)


Par ricochet :

Credibility Commons : la crédibilité de l’information


YouTube et Tête à claques mis à l’index (Mario tout de go)

Bloquer ou éduquer… (Cyberportfolio de Roberto Gauvin)

Mise à l’index : une démarche dangereuse (Ze Cool blogue)

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3 réponses

  • « Or, dans le désordre, l’analyse et le jugement critique règnent. » Pour ceux qui ont, a priori, un esprit critique peut-être, mais pour la majorité des gens, dans le désordre, la voix la plus forte règne. Ce pourquoi, comme tu l’indiques, il est essentiel de faire participer, tôt dans son développement, l’élève à ce phénomène, pour qu’il puisse être à même d’en percevoir les lacunes.

    « La plupart des professeurs, malheureusement, se complaisent dans une culture de réception d’information. » Ceci est vrai non seulement des professeurs, mais de la population en général.

  • Les grandes-gueules ont effectivement beaucoup d’influence sur ceux qui sont incapables d’analyser une situation de manière holistique. Tu as tout à fait raison, Marc André. Souvent, ils emportent même l’assemblée. Généralement, toutefois, les participants préféreront élire une personne posée, au jugement sûr (à la condition, évidemment, que ces qualités se retrouvent chez un candidat).

    Il est vrai, également, que les professeurs ne sont guère différents de la population en général quand il s’agit du rapport à l’information. C’est justement ce que je déplore. They should know better, comme disent les Anglais.



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