Conférence / connectivisme : George Siemens


HopperConference.jpgLe premier volet de la conférence en ligne sur le connectivisme a été une expérience fascinante. On oublie facilement, aujourd’hui, l’extraordinaire technologie qui permet à un conférencier de se faire entendre aux quatre coins du globe, pendant que l’auditoire dispersé mitraille la scène de ses réflexions. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que quelques-uns aient perdu la communication, comme ce fut malheureusement le cas pour Djeault. Par contre, Jacques Cool a eu la présence d’esprit de sauvegarder quelques bribes de la conversation qui méritent d’être retenues. Quant à moi, j’ai été saisi du contraste dans la transmission des idées par rapport à une conférence traditionnelle.

George Siemens n’allait se contenter d’une conférence unidirectionnelle sur le connectivisme. La présentation synchrone avec diapositives, par l’entremise d’Elluminate, a donné lieu à un feu roulant de commentaires de la part des 200 participants. Si la fenêtre de dialogue dans Elluminate gagnerait à être plus grande afin de mieux suivre la conversation, il reste que le flot d’idées consignées par écrit constitue un fameux lot de rétroactions pour un conférencier et d’artefacts pour chercheur. Il en va de même des participants qui profitent de la synergie collective. J’ai assisté à l’antithèse d’une conférence où l’assistance est confinée au silence. En termes d’apprentissage, c’est le paradigme de l’apprenant vs. le paradigme de l’enseignant.

Le connectivisme ne fait pas l’unanimité. Plusieurs cherchent toujours à comprendre sa spécificité. En quoi, par exemple, diffère-t-il du constructivisme? À cet égard, il sera intéressant de participer à la conférence de Bill Kerr qui met en doute la valeur du connectivisme en tant que théorie. Siemens lui-même ne cache pas qu’il est toujours en quête de la certitude de sa théorie. Le plus important, à ses yeux, est de comprendre le rapport des nouvelles technologies au savoir.

S’il y a un aspect du connectivisme qui lui est propre, selon moi, c’est son impact sur la cognition, notamment l’allègement de la mémoire. Plus que jamais, l’individu est en mesure de constater l’ampleur du bagage intellectuel humain. Devant tant de connaissances, la futilité de tout vouloir mémoriser devient évidente à partir du moment où elles sont accessibles par l’entremise de la technologie. En libérant la pensée du besoin de mémoriser l’information, les nouvelles technologies permettent davantage de réflexion et d’action, un peu à la manière de l’intelligence amplification. Le savoir s’anime en savoir-être et savoir-faire.

La réponse ne réside peut-être pas dans une ou plusieurs caractéristiques exclusives. À l’image de son étendue, peut-on accepter que la connectivisme se définisse par une foule d’éléments épars qui, une fois rassemblés, confère au tout sa quiddité? Voici quelques éléments qui me viennent à l’esprit :


    ElementsConnectivismeSiemen.jpg


• la cognition : en allégeant l’esprit de la lourde tâche de mémoriser toutes les connaissances, les TIC allouent plus de temps à la réflexion et à l’action;

• le contrôle : l’utilisateur a un plus grand contrôle de l’instrument et dispose d’une plus grande autonomie de choix;

• la contemporanéité : le connectivisme évolue en synchronicité non seulement avec la technologie, mais surtout avec l’actualité et la pensée collective; la conscientisation de l’environnement social est à la fois actuelle et globale.

• l’espace : les TIC étendent la pensée individuelle au-delà du réseau social réel;

• le temps : toute l’information consignée fait en sorte que le passé est constamment à portée de la main, donc plus présent;

• l’immédiateté : l’information est accessible sur le champ; le temps de réflexion est plus court, mais davantage alimenté;

• la quantité : la quantité d’information dépasse la capacité de stockage du cerveau; les TIC se dotent de moyens pour trier et raffiner l’information;

• la qualité : la qualité de l’information est améliorée soit par la compétence en matière de recherche, soit par l’intervention de la communauté;

• la diversité : contrairement à notre réseau social immédiat, lequel partage notre culture, la connectivité apporte des points de vue plus divergents;

• le désordre : le modèle de classification unique de Dewey ne tient plus; les folksonomies arrangent l’information de manière informelle, avec étiquetage multiple, et en fonction des mèmes et de l’intelligence collective;

• l’accessibilité : non seulement l’information est elle constamment accessible (pas d’heures de fermeture dans internet), mais on trouve toujours quelqu’un pour offrir une assistance;

• la neutralité : l’espace virtuel dispense en partie des préjugés associés à la race, la religion, l’apparence, etc. qui affectent les conversations in situ.

• la co-construction : les réseaux en ligne contribuent à une co-construction des savoirs reposant sur des facteurs qui lui sont propres, comme les métadonnées, les moteurs sémantiques, la personnalisation des outils et les statistiques de fréquentation.

Ce n’est certes pas une liste exhaustive. Mais à tout le moins, cela me permet de clarifier ma conception du connectivisme. Du moins jusqu’au prochain conférencier.

Mise à jour, 4 février 2007 | Le diaporama de la présentation de George Siemens est en ligne.

Mise à jour, 5 février 2007 | J’ai ajouté un nouvel élément au schéma : la cognition. Il me semble le plus important, car il distingue le connectivisme des autres théories de l’éducation. L’explication en est donnée brièvement sous le schéma, et plus longuement dans un paragraphe plus haut.

Mise à jour, 5 février 2007 | Un autre élément ajouté : la contemporanéité. Il appert que nulle autre phénomène, même le socioconstructivisme, ne permet à l’individu d’être conscient de l’environnement social dans lequel il évolue.

Mise à jour, 23 juillet 2008 | Une troisième composante ajoutée : la co-construction des savoirs. Cette co-construction n’affecte évidemment pas que les savoirs, mais influe également sur le rapport affectif à ces savoirs.


(Image thématique : Conference at Night, par Edward Hopper)


Par ricochet :

Au-delà du socioconstructivisme : le connectivisme

Le site du connectivisme

Constructivisme vs connectivisme

Conférence en ligne sur le connectivisme

Survol de l’apprentissage et du connectivisme


Conférence en ligne sur le connectivisme (Ze Cool blogue)

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7 réponses

  • Hi François!

    Je me suis permis de « plugger », connecter, ton gr@phe dans ce mess@ge que j’ai laissé dans le « fil des suggestions ».

    -Désolé, le lien précédent n’est @ccessible que si on est connecté au forum dans lequel il mène…

  • Merci Djeault. J’ai bien peur que le schéma n’ait beaucoup de sens sans les explications sous-jacentes. Il faudra que je l’améliore pour y inclure quelques explications. C’est un work in progress, que je compte bien modifier au fil des présentations de la conférence.

  • Djeault (djo.ca) dit :

    « J’ai bien peur que le schéma n’ait beaucoup de sens sans les explications sous-jacentes, » écrit François.

    Dans mon texte qui accompagne l’im@ge, j’ai mentionné que tu expliquais l’im@ge dans ton blogue ; bref, « ils » n’ont qu’à apprendre le français ou bedon faire du Google translation

  • matdef dit :

    Bonjour,

    Je m’intéresse depuis peu au connectivisme et je me demandais si vous pouviez m’orienter vers d’autres articles ou autres informations concernant cela. J’ai déjà parcouru pas mal de source en anglais, en connaissez-vous en francais?
    Aussi, j’essaye de trouver une explication d’un éventuel processus d’apprentissage connectiviste, mais je ne trouve rien. Existe-t-il une description d’un tel processus d’apprentissage? George Siemens aurait-il déjà développé cela?

    D’avance merci pour votre aide.

  • Malheureusement, il semble que la théorie de Siemens soit encore trop récente pour faire largement école, quoique cela commence peu à peu à changer. J’y vois de plus en plus de références dans mon agrégateur. Hormis le site de Siemens sur le connectivisme, je ne connais guère d’autre ressource substantielle.

    La situation est forcément plus sombre en français. Hormis les quelques liens sur mon blogue, je ne connais que Jacques Cool qui s’intéresse sérieusement à cette théorie.

    Bonne chance dans vos recherches. Cette théorie de l’apprentissage mérite assurément une plus grande diffusion.



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