Savoir dire non aux TIC


J’ai écouté mon coeur, et je me suis opposé à une mesure qui favorisait les TIC à l’école. L’efficacité technologique ne doit pas empiéter sur la condition humaine, comme cela se fait trop souvent. La direction a demandé aux enseignants de choisir entre la distribution de l’information par papier ou par courrier électronique. C’était tout l’un ou tout l’autre, le choix personnel n’étant pas une option pour des raisons de simplification du processus. Le cas était, somme toute, banal pour la plupart des participants, mais j’ai préféré défendre le respect que le progrès. …

L’histoire remonte à l’année dernière, alors que la direction de notre pavillon avait subitement imposé l’utilisation du courrier électronique pour diffuser l’information. Je suis aussitôt intervenu énergiquement pour faire annuler cette initiative. Aujourd’hui, elle revenait à la charge, en ayant la délicatesse cette fois de laisser les enseignants débattre de la question et choisir l’un des deux moyens d’information.

Il est indubitable que le courrier électronique est un moyen de communication plus efficace que le papier, ne serait-ce que pour des raisons de rapidité, d’archivage, d’économie et de préservation de l’environnement. Il est tout aussi indéniable que la direction a non seulement le droit, mais le devoir d’assurer le bon fonctionnement et la progression de l’organisme. On appelle ça le leadership. Mais, ce faisant, elle ne saurait profiter de ses employés.

Dans la mesure où les employés sont pourvus de l’équipement nécessaire à leur travail, ils ont la responsabilité professionnelle de l’utiliser (sans entrer dans les considérations éthiques). Mais nous savons tous que ce n’est pas le cas en éducation concernant les TIC. Les enseignants doivent se partager quelques ordinateurs vétustes dans une salle de travail commune. Devant pareille aberration, plusieurs enseignants déboursent des sommes considérables pour se doter d’un ordinateur. Cependant, tous ne peuvent pas s’offrir ce luxe.

Au Programme d’éducation internationale, l’esprit qui nous anime au premier cycle a amené environ la moitié des enseignants à faire l’acquisition d’un portable. (Petit fait divers, et rare dans notre commission scolaire : ce sont tous des Mac, ce qui crée une jolie communauté de pratique.) Voyant cela, la direction a voulu innover en imposant l’usage du courrier électronique à tous les enseignants, dans l’espoir de stimuler l’intégration des TIC. L’intention est louable, sauf que je me cabre quand on profite du fait que certains aient payé un ordinateur de leur poche pour obliger les autres à prendre le virage technologique. Car plusieurs enseignants ont d’excellentes raisons de ne pas acheter un ordinateur.

Ma position, naturellement, serait différente si les écoles dotaient les enseignants d’ordinateurs. Toutefois, l’appauvrissement du milieu de l’éducation fait en sorte que ceux-ci paient de plus en plus de matériel scolaire de leur poche. Et ça aussi c’est inacceptable. Si on laisse faire, le gouvernement continuera d’abuser de la générosité et du dévouement des enseignants. À long terme, je ne crois pas que ce soit dans le meilleur intérêt de tous les élèves.


Par ricochet :

Stratégie d’intégration des TIC (G.-B.)

Élucubrations économiques

TIC – Ce que je crois

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11 réponses

  • Je suis un peu surpris qu’un tel billet soit signé François Guité, un des profs qui selon la connaissance virtuelle et à distance que j’en ai est un leader dans le domaine des technologies de l’information et des communications dans le domaine de l’éducation. En fait, je suis très surpris. Pourquoi ne pas en profiter plutôt pour pousser plus loin l’utilisation proposée du courriel (un blogue collaboratif, par exemple) afin de favoriser la communication multi-directionnelle entre la direction et les membres du personnel d’une école plutôt que maintenir l’information papier à sens unique? Pourquoi ne pas profiter de cette offre inespérée venant de la direction pour amener tous les profs à découvrir et à expérimenter concrètement le potentiel éducatif des TIC? Mystère et boule de gomme. À vrai dire, je suis extrêmement surpris. Déçu, même.

    Et que dire de l’argumentation qui me semble tellement inspirée ou influencée par les négociations actuelles : pauvreté des profs à qui on devrait donc fournir un ordinateur? abus de la générosité et du dévouement des enseignants? — Je préfère ne pas commenter sur le fond…

    Je fais mienne cependant la conclusion en y mettant un bémol entre crochets : « À long terme, je ne crois pas que ce [dire non aux TIC] soit dans le meilleur intérêt de tous les élèves.»

    De quoi j’me mêle! Et puis, suis-je bien chez François Guité?

    Bonne année scolaire 2005-006! C’est toujours un plaisir de te lire.

  • J’ai résisté très longtemps à l’obtention d’une adresse courriel professionnelle. Aujourd’hui j’en utilise une parce que j’y suis logiquement obligé. Je reçois parfois des fichiers word attaché de plusieurs centaines de KO. Je reçois des annonces du genre « C’est la fête à un tel : n’oubliez pas de lui donner un bisou. » Culturellement, on ne sait pas encore se servir du courriel. J’avoue être assez en désaccord avec le fait de donner une telle adresse aux enseignants et à s’attendre à ce qu’ils l’utilisent.
    Pourquoi? Parce que lire son courriel demande du temps et on ne reconnaît aucunement ce temps de lecture aux enseignants. Quand diable peuvent-ils prendre le temps d’ouvrir tranquillement un ordinateur, de lire tous les courriels et d’y répondre? Et quelle sorte d’environnement leur donne-t-on pour le faire? Car, voyez-vous, le courriel a ceci d’extrêmement déplaisant que la plupart du temps, l’envoyeur ATTEND un réponse RAPIDE. La plupart des gens que je connais le font SUR LEUR PROPRE TEMPS. Il est, à mon avis, beaucoup plus simple de ramasser la paperasse dans son pigeonnier et de la foutre à la récupération (la plupart du temps, c’est de la paperasse inutile. Pour sauver des arbres, l’employeur devrait lui-même faire un tri ou trouver un moyen de ne pas répliquer x fois le même document pour des profs qui, souvent, ne le liront même pas, faute de temps et possiblement par manque d’intérêt.)

    De plus, les courriels peuvent être filtrés par l’employeur (je « paranoye »?).

  • Danielle Lévesque dit :

    En symbiose avec mon humble Sony VAIO (un modeste PC que j’adore, fier successeur d’un Compaq Presario 1245, lui-même successeur d’une lignée de Desktop), je me permets d’ajouter ici un commentaire. Je suis entièrement d’accord avec les propos de François. Il fallait prendre cette décision. On ne peut pas imposer à un employé d’utiliser une technologie quand en tant qu’employeur on ne rend pas cette technologie disponible sur les lieux de travail. C’est révoltant ! Ça ressemble à diviser pour mieux régner. Mais pour en revenir aux dépenses faites par les enseignants, je dois avouer, bien que cela puisse sembler paradoxal, que je songe sérieusement à acheter mon propre canon. Je ne peux pas me résoudre à réduire la qualité et surtout la diversité (différenciation oblige) de mon enseignement parce que des administrateurs font de mauvais choix. Eh oui ! Je vais encore une fois gruger mon budget familial pour me doter d’équipements que je juge essentiels à ma pratique d’enseignante. Apprendre passe par le coeur avant de passer par la tête. Essayez d’intéresser le plus d’élèves possible aux concepts de forces et mouvements avec des points fixes sur un tableau. Une animation vaut mille mots ! Je considère que le refus d’acheter un canon aujourd’hui équivaut à refuser d’installer un tableau dans une classe il y a 100 ans. D’après moi, le gros problème se situe au niveau des priorités…

  • Les inconvénients exprimés par Gilles sont bien réels, et ne constitueraient que de simples difficultés de parcours s’il y avait une volonté commune de s’y attaquer. Mais ce n’est pas le cas. En matière de TIC, les procédures sont le plus souvent imposées sans que les enseignants soient consultés. De toute façon, la plupart d’entre eux ignorent de quoi il s’agit. Quand les penseurs technologiques élèvent la voix pour exprimer leurs craintes, on passe pour des hurluberlus. Ce n’est pas ce qui nous retient, bien sûr (on garde l’espoir que les consciences s’éveilleront éventuellement), mais cela ne mène généralement nulle part dans l’immédiat. La faute en incombe ici aux dirigeants dont l’ignorance mine le leadership et brouille les choix, comme le souligne Danielle.

    Danielle a raison de rappeler l’apport du coeur dans l’apprentissage. J’irai plus loin en disant que c’est également le cas dans la communauté de pratique qu’est le milieu de travail. Plutôt que d’abrutir les enseignants par la lecture de documents lors des réunions, documents qu’ils ont d’ailleurs entre les mains depuis quelque temps, on gagnerait à discuter des vrais problèmes de l’école.

    Je comprends fort bien l’indignation de Jean. À observer la chose à distance, la raison se joue de mes raisons. Et j’ai dû me faire violence pour m’opposer à cette mesure pavillonnaire. Mais il y a tout un contexte, en coulisse, qui déborde du cadre de ce billet et qui avive ma rage, dont l’infantilisation de notre profession par les administrateurs. Oui, je crois en la primauté de la condition humaine, puis de l’individu. C’est l’étalon par lequel je prends la mesure du reste. Si je me trompe, qu’on me remplace par une machine.

    Il est vrai que « l’argumentation [...] semble tellement inspirée ou influencée par les négociations actuelles ». Mais en fait, les négociations ne font que mettre en lumière des problèmes qui perdurent. Il y a, dans le discours du syndicat, tant de propos ampoulés qu’il perd de sa véracité. Ici, je vous demande plutôt d’écouter le plaidoyer d’un praticien.

  • André Chartrand dit :

    Bonsoir François.

    Je comprends très bien que cette décision ait été difficile à prendre. Pour ma part je crois qu’elle a été sage.

    « Si on laisse faire, le gouvernement continuera d’abuser de la générosité et du dévouement des enseignants. À long terme, je ne crois pas que ce soit dans le meilleur intérêt de tous les élèves. »

    C’est absolument certains. C’est déjà le cas de multiple façons. Quant aux intérêts à long terme des élèves, je crois que tu as raison également. Tenter de refiler la facture au bon vouloir ou aux aléas de la capacité de payer des enseignants est une stratégie d’implantation des TICs qui ne mène nulle part. (Je sais que j’interprète la fin de ton texte très différemment de M. Trudeau, si je fais erreur sur le sens de cette dernière phrase tu me corrigeras. Ça ne changera pas ma position sur la question, bien sûr, mais il y a une ambiguïté, là, et ça me chiquotte).

  • Je ne peux qu’approuver la démarche de François.
    Qu’est-ce qu’une entreprise qui développe des formes de travail en ne fournissant pas les outils nécessaires et adéquats à la réalisation de l’activité prescrite ? Sans parler du temps de travail nécessaire à l’exécution de la tâche.
    D’autant plus que cette attitude fournit tous les prétextes (bons ou mauvais) à ses employés pour ne pas utiliser les outils proposés.

  • Ce billet « traîne » dans une fenêtre ouverte de mon ordinateur depuis quelques jours et je ne peux me résoudre à cliquer sur le petit « x » avant d’ajouter mon point de vue de directeur.

    Je crois beaucoup à l’utilisation (non exclusif) du courriel dans les écoles pour les communications inter-personnelles. Évidemment, il faut qu’il y ait un accès facilement à un lien Internet pour qu’une direction pousse l’audace jusqu’à exclure le pigeonnier pour transmettre de l’information. Mais ça peut se faire (et je ne vois pas de scrupule à l’imposer) en prévenant assez d’avance, en donnant la formation requise et en fournissant les moyens ! Dans le vrai monde du travail, ça arrive que les moyens performant pour communiquer soient privilégiés pas à pas…

    Le courriel, ça laisse des traces, on peut répondre/lire quand on a le temps, on peut faire des listes de diffusions, on peut envoyer/recevoir des c.c.c. et surtout, on peut prendre le temps d’articuler sa pensée calmement en temps de fortes tensions. Je vois plein d’avantage au papier.

    Ce qui m’a dérangé le plus dans le ton de ce billet (commentaires inclus) est l’idée que ce ne serait pas dans la tâche d’un professionnel (qu’est l’enseignant selon moi) de recevoir, lire et répondre aux courriels prenant pour acquis qu’il a accès à Internet sur les lieux de travail ET (je n’ai pas dit « ou »), sans que ce soit une nécessité, à la maison.

    Le courriel est devenu un moyen moderne et efficace de communiquer et le milieu scolaire souffre grandement du manque de communication. Je ne dis pas que c’est le seul moyen de communiquer, mais il me semble que de l’exclure, c’est se tirer un balle dans le pied.

    On ne fournit pas assez aux enseignants, entendons-nous !

    Mais dans ma lunette, j’ai aussi vu des enseignants se tasser pour ne pas que l’information les frappe ! J’ai eu connaissance de donneurs de cours être à l’école seulement pour ceux-ci… Saviez-vous qu’au primaire, plus de 95% des enseignants entrent à l’école le matin à 7 h 45 et sortent vers 16 h 30 (minimum) et dînent sur place ?

    Pour avoir été au secondaire pendant quinze ans, je peux vous dire que cette présence à l’école du matin au soir n’est pas du tout la même et que c’est un combat épique pour insuffler un certain esprit d’équipe dans ce contexte…

    Et je ne parle pas du % d’enseignants qui ont des « side-line » parfois plus accaparant que leur travail dit « principal » (au CEGEP, c’est une vrai plaie cette réalité).

    L’école « boîte à cours », je ne suis plus capable… « On élève » des enfants ensemble les amis !
    *****
    Je me suis éloigné un peu du sujet d’origine; je comprends ta réaction François, car je connais ton grand sens de l’éthique (pour ne pas dire les TIC) et ta générosité. « En seulement », je vois du recul dans ta position. N’y aurait-il pas eu moyen de revenir à la charge avec le choix du courriel jumelé à un accès plus large ?

    J’ai réagit exactement comme Jean en lisant ton billet; je voulais simplement dire que ma perception était à l’effet que l’utilisation du courriel (en donnant les moyens aux enseignants de le faire) était « un must » en 2005 dans les écoles. Autant que la porte ouverte de la direction, que le développement de liens mutuels avec quelques collègues, que l’accès au téléphone et aux autres technologies (photocopieurs, projecteurs Canon, etc.).

    Je suis assez naïf pour croire que toutes les directions d’école pensent donner le maximum d’outils qu’ils peuvent aux enseignants. Quelques-uns en haut (le MELS, les C.S. et autres palliers) ne font pas leur juste part tout le temps et parfois, les directions ne sont pas très créatives dans la gestions du peu de deniers qui leur restent à gérer après avoir payé les salaires des membres du personnel !

    L’enseignant de demain devrait moins être un travailleur de l’éducation qu’un professionnel travaillant avec des outils de professionnels ! Il faut tendre vers cela à tous les niveaux de l’organisation scolaire…

  • André Chartrand dit :

    Honnêtement, je ne comprends pas très bien ta réaction Mario.

    « Ce qui m’a dérangé le plus dans le ton de ce billet (commentaires inclus) est l’idée que ce ne serait pas dans la tâche d’un professionnel (qu’est l’enseignant selon moi) de recevoir, lire et répondre aux courriels prenant pour acquis qu’il a accès à Internet sur les lieux de travail ET (je n’ai pas dit « ou »), sans que ce soit une nécessité, à la maison. »

    Je n’ai vu cela nul part dans le billet de François, ni dans les commentaires sauf dans celui de M. Jobin. Peut-être ais-je mal compris, mais pour moi, l’essentiel du billet se résumait à dire que si une école veut utiliser le courriel comme moyen exclusif de communiquer avec le personnel, elle doit fournir aux enseignants des appareils fonctionnels, pas dernier cri, fonctionnels et en nombre suffisant. Les enseignants ne doivent pas être contraints, même indirectement, de payer le matériel informatique. L’abus qui est craint, du moins en ce qui me concerne et je crois c’est également la crainte exprimée par François, c’est que s’amplifie cette tendance à faire acheter du matériel par les enseignants.

    Ma conjointe travaille au primaire dans le secteur public. Je puis témoigner qu’elle ne possède pas d’ordinateur portable, mais qu’elle pourrait s’en payer un nouveau tous les trois ou quatre ans avec ce qu’elle dépense pour sa classe chaque année : en photocopies parce que le budget de photocopie est épuisé, en cartouche d’encre (à être utilisée à l’école) et mille et une autres petites choses. Et cela, c’est sans compter que beaucoup de choses qui meublent sa classe proviennent de chez nous, des livres et des jeux qui ont appartenus à ma fille notamment. C’est cette tendance, sous la pression toujours grandissante du manque de financement, qui devait être contrée ici. Est-ce que je dois comprendre que, selon toi, faute de payer, on ne peut se prétendre professionnel ?

    Quant à la question de la « tâche d’un professionnel », je crois qu’il s’agit d’une toute autre question. Mais puisque tu l’abordes… Disons simplement que je trouve que depuis quelques temps, l’argument du professionnalisme est peu trop souvent évoqué pour justifier un alourdissement de la tâche enseignante. Dans le cas qui nous préoccupe, si l’utilisation du courriel sert aux communications internes c’est une chose, mais si cela sert également à des communications avec l’extérieur c’est autre chose. C’est certains que cela représente un progrès et qu’il faut certainement aller dans cette direction. Cependant, il est également clair que cela représente un alourdissement conséquent de la charge de travail. Pourquoi diable faudrait-il que les enseignants acceptent d’assumer cette surcharge plutôt que de voir augmenter les ressources humaines nécessaires ? Ce recours au professionnalisme cache mal le fait que trop souvent nous n’avons pas les moyens de nos projets, soit par manque de créativité, soit par un manque de ressources financières et dans certains cas, il faut le dire, pour des motifs moins avouables.

    Quant à moi, tu l’auras déjà compris j’en suis certains, ce qui me heurte un peu dans ton commentaire c’est qu’il laisse à entendre que les enseignants ne sont pas des professionnels. Je sais, je sais, tu dis:

    « l’idée que ce ne serait pas dans la tâche d’un professionnel (qu’est l’enseignant selon moi) »,

    mais on sent bien que le cris du cœur est à la fin

    « L’enseignant de demain devrait moins être un travailleur de l’éducation qu’un professionnel travaillant avec des outils de professionnels ! »

    Or, pour moi, c’est aujourd’hui que les enseignants sont des professionnels, même si certains, comme dans toutes autres professions, n’assument pas entièrement ou mal leurs responsabilités professionnelles.

  • J’appuie le commentaire de M. Chartrand.
    J’ajoute cependant que le courriel est très généralement très mal utilisé.
    Un exemple. Récemment, j’ai reçu un courriel de la part de la secrétaire de mon boss. Le courriel, c’était 3 fichiers attaché de 100 megs qui contenait un document WORD qui contenant des scan d’articles de journaux… Cela était envoyé à une quinzaine de personnes. J’étais insulté. Bien sûr, je reconnais que mon boss veut « me tenir au courant », mais je regrette, le courriel ne sert pas à monopoliser de la bande passante.
    J’ai donc immédiatement écrit un courriel de réponse mais n’ai pas envoyé sur le bouton « send » ; je l’ai d’abord fait lire à une collègue et une secrétaire parce que je sentais que je touchais un point sensible.
    - Gilles, tu y a vas un peu raide. Le gens ne savent pas qu’un fichier attaché doit l’être seulement exceptionnellement. (Ma collègue).
    - Oh ! tu sais, on exécute les ordres du patron. Nous, on utilise tout le temps word même pour des images. (La secrétaire).
    Je fais lire le courriel au Dir. des SI, qui m’a dit qu’il serait peut-être bon qu’on réunisse tout le monde pour que je puisse expliquer mon point de vue sur l’utilisation du courriel. Il a ajouté : « Les techniciens seraient bien d’accord avec toi ».
    Donc, à mon avis, on abuse énormément de la « communication » courriel. Ça ressemble plutôt à un plublisac et, mon publisac, je le fous toujours à la récup.
    Par ailleurs, j’admire qu’on veuille imposer un moyen de communication moderne. Je pense que tout le monde en bénéficiera. Mais il faut être cohérent : il faut que les « récepteurs » aient l’outil pour lire et que cet outil, ils puissent le mettre À LEURS GOÜTS. Cela veut dire : un ordinateur qui appartient au prof. Si une direction veut imposer le courriel, diable, qu’il fournisse la quincaillerie qui va avec.
    Aussi, je ne suis pas convaincu, à l’heure actuel, que le courriel soit utilisé comme un moyen de communication, communication au sens le plus noble du terme. Je n’ai pas encore eu UNE SEULE COMMUNICATION (on ME parle) avec mes supérieurs. C’est toujours toujours du pur utilitarisme du genre : réunion à telle heure, ordre du jour attaché en format WORD, etc. Quand on arrive en réunion, tout le monde a une copie imprimé (je suis le seul avec son portable qui n’imprime pas). Qu’ossa donne si les gens IMPRIME tout de même le courriel. Une simple perte de temps.
    M’enfin, je me suis peut-être levé du mauvais pied ce matin… Je ne relis même pas…

  • Si « l’essentiel du billet se résume à dire que si une école veut utiliser le courriel comme moyen exclusif de communiquer avec le personnel, elle doit fournir aux enseignants des appareils fonctionnels, pas dernier cri, fonctionnels et en nombre suffisant », on s’entend.

    En même temps, je rejoints aussi Gilles sur le fait qu’il y ait parfois «des abus dans la « communication » courriel». Il y en a aussi au contact de bien d’autres moyens, sans vouloir banaliser, pour autant.

    Je crois fermement que les enseignants sont des professionnels. En tout cas, j’en ai rencontré un sacré grand groupe sur mon parcours. Mais je ne crois pas qu’ils se considèrent toujours comme tels; parfois, certains ne se comportent pas en professionnel. C’est normal vous me direz… mais je crois que nous devons réagir chaque fois que nous pouvons VALORISER l’importance du rôle qu’ils occupent dans la société.

    En ce sens, je demeure déçu du dénouement (provisoire probablement) de cette histoire qui fera en sorte que dans ce beau milieu qu’est l’École secondaire de Rochebelle, un frein (en quelque sorte) sera mis à l’élan d’appropriation de la compétence TIC.

    Je dois « passer » pour une personne qui accorde une importance démesurée à ce point, mais ça me facine toujours de comparer les dénonciations d’enseignants qui ne veulent pas beaucoup se faire imposer les choses (ce qui me semble normal) aux méthodes de gestion de classe qu’ils privilégient quand ils sont « en autorité » eux-mêmes!

    Encore ici, un bémol : François n’est absolument pas représentatif de ce que je viens d’évoquer car je le sais très préoccupé par la gestion participative. Je voulais quand même souligner que le côté de la barricade duquel on (les directions) se trouve pouvait être intéressant à regarder.

    J’aimerais bien que d’autres directions participent à nos échanges… ça me permettrait de lâcher un peu le morceau avec ce genre d’intervention ;)

  • Je suis un peu étonné de la tournure de la discussion, particulièrement (on l’aura deviné) de la position de Mario. Je sais gré à André d’avoir si bien défendu l’argument principal que je tente de faire valoir, et aux autres de leur appui. Je suis frappé, par ailleurs, de l’opposition entre le point de vue des enseignants et celui des autres. Ce n’est pas la première fois que je constate pareil état de fait.

    Ce qui me surprend le plus dans cette opposition, c’est la primauté que l’on semble accorder aux préoccupations technologiques par rapport aux considérations humaines. D’autant plus que cela vient de personnes que j’ai en haute estime pour leur humanité. La supériorité du courrier électronique comme moyen de communication, par rapport au papier, n’est pas en cause. Je l’ai déjà affirmé et je crois qu’on s’entend sur ce point. Mario et Gilles ont d’ailleurs bien décrit les avantages et les inconvénients du courriel.

    En ce qui me concerne, la question fondamentale est d’ordre éthique. Il y a certes une éthique professionnelle qu’il faut défendre. À ce sujet, les enseignants en ont bien plus qu’on veut bien leur en attribuer, quoiqu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir (mais cela est également vrai pour la plupart des professions, incluant l’administration scolaire). C’est d’ailleurs un point qui me tient à coeur et dont je me targue. Mais il y a aussi une éthique sociale, laquelle transcende l’éthique professionnelle. L’efficacité au travail ne saurait être une justification pour contrevenir au contrat social. Par ce raisonnement, on aboutit à l’exploitation de l’homme, comme l’histoire l’a amplement démontré.

    Dans un commentaire sur un autre blogue, je faisais valoir que l’investissement en temps supplémentaire (non rémunéré) des enseignants était un gage de leur professionnalisme. Qu’on leur demande ensuite d’accomplir des tâches sans fournir les outils appropriés, cela relève non seulement de l’abus, mais de l’incompétence administrative. Qu’on profite du fait que des enseignants aient acheté un ordinateur à leurs frais pour imposer leur utilisation à l’école relève de l’immoralité. (Un détail, en passant : cette mesure n’a été imposée qu’aux enseignants d’un seul pavillon, soit le pavillon où il y a une forte concentration d’ordinateurs portables personnels ; dans les trois autres pavillons, on n’a même jamais effleuré le sujet.)

    Mario se fait fort d’évoquer l’importance de penser aux enfants (“On élève” des enfants ensemble les amis!) et de lancer un appel à l’aide auprès des autres directeurs d’école. Sur le premier point, je crois qu’il est néfaste justement pour les enfants de voir la préséance qu’on accorde aux TIC sur l’éthique. C’est d’ailleurs ce qu’il souligne en accentuant le On élève. Quant au deuxième point, je doute fort que cet appel soit entendu sur mon blogue ;-) Néanmoins, j’ose espérer qu’on puisse régler les questions de ce genre dans la collégialité plutôt qu’en formant des camps.

    Il faut aussi faire attention de ne pas s’asseoir sur ses observations antérieures. Les choses évoluent plus rapidement que l’on pense dans les écoles (dans celles que je connais, à tout le moins). Je suis surpris, cette année, de réaliser la réception des enseignants à la réforme et aux nouvelles technologies. Alors qu’on est en plein moyens de pression, les enseignants de premier cycle de mon école ont démontré qu’ils voulaient aller au-delà des exigences de la direction, notamment au regard de l’évaluation. Sur le plan de l’informatique, deux nouveaux enseignants ont fait l’achat d’un ordinateur portable (sans compter une nouvelle enseignante et une stagiaire qui arrivent avec le leur), dont une enseignante qui s’est toujours décrite comme technophobe. Il y en a quelques-uns encore qui s’obstinent à ne rien savoir ; mais il faut se garder de faire une fixation sur ces empêcheurs de tourner en rond. Il est beaucoup plus productif de tourner notre attention vers ceux qui ont le désir de progresser.



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