Le vouvoiement dans la blogosphère


J’ai appris très tôt à vouvoyer les gens. Aujourd’hui encore, ça me colle à la peau. À tel point que ma copine me gronde chaque fois que nous sommes invités à une soirée. C’est plus fort que moi. Et pourtant, je me surprends à tutoyer le plus naturellement du monde les inconnus qui visitent mon blogue. Incohérence pour le moins étonnante, sans compter que je sursaute chaque fois que certains carnetiers, avec qui j’entretiens pourtant une relation épistolaire, font référence à « monsieur Guité » sur leurs blogues. …

D’où me vient cette familiarité ? Essentiellement, je crois que cela tient à la froideur du monde virtuel. D’instinct, je tâche d’y remédier par un registre plus apte à exprimer la sympathie. L’être humain préfère la chaleur. En plus de sa surface marmoréenne, ce monde opère le plus souvent dans l’invisibilité. Raison de plus pour tendre la main à ceux qui se donnent la peine de cogner à la porte, et tenter un rapprochement. Du moins ceux dont les manières ne choquent pas.

Il en va autrement de ceux qui pataugent dans les commentaires avec leurs gros sabots. Il m’est arrivé, à moi aussi, de vouvoyer certains visiteurs dont la causticité était manifeste. La civilité, dans ce cas, commande de garder ses distances.

Mais d’emblée, j’opte pour les règles de bon voisinage. Ai-je tort ? Ai-je raison ? Il me semble que les règles ne sont plus les mêmes dans le monde virtuel. D’une certaine façon, j’envie les Anglais qui ne se soucient guère de tant de formalités.

Vous pouvez suivre les commentaires en réponse à ce billet avec le RSS 2.0 Vous pouvez laisser une réponse, ou trackback.

5 réponses

  • Les grands esprits se rencontrent (et nous aussi) : je songeais récemment à bloguer sur le même sujet. J’ai pour ma part le réflexe de vouvoyer lorsque je commente, du moins, les premières fois. Après un certain temps, je passe au tutoiement (tu l’auras peut-être remarqué). À moins, bien sûr que je connaisse déjà la personne (et qu’il le sache). Ce qui me frappe particulièrement, ce sont ceux qui tutoient d’emblée une personnalité en vue qui blogue, sans pour autant la connaître. D’un autre côté, pourquoi agirions-nous différemment vis-à-vis d’une personnalité publique, que d’une « privée »?

    Ceci me rappelle une anecdote familiale : mon frère a fréquenté pendant près de dix ans la même demoiselle. Au début, bien entendu, il vouvoyait ses beaux-parents. Mais après un certain nombre d’années, il ne savait plus s’il devait continuer ou passer au tutoiement. C’est alors qu’il a commencé à perfectionner la technique de l’évitement, ou comment n’utiliser aucun des deux pronoms. Pendant un bon bout de temps, il ne les a ni tutoyés, ni vouvoyés. Faut le faire. C’est une technique, je me rends compte, que j’adopte quelquefois dans mes commentaires.

    Quant aux anglophones, j’ai pu, alors que j’étais maîtrisard, profiter de cette particularité de leur langue qu’est l’absence du « tu » : mes professeurs étant de langue anglaise, je n’ai jamais eu à me poser la question.

  • Je préfère de loin le vouvoiement. Et, chose qui n’est pas à dédaigner avec un certain âge, vouvoyer « une plus jeune » que soi ajoute à notre charme :-)
    J’ai souvent rendu mal à l’aise de jeunes serveuses qui sans vergogne me tutoyait « Que prends-tu comme breuvage? » . « Hum… que me suggérEZ-VOUS? ».

    J’ai aussi souvent constater que vouvoyer ne crée pas nécessairement une distance et que cela peut, bien au contraire, rapprocher RAPIDEMENT les gens d’une communication plus profonde, sérieuse et amicale.

    Quant aux blogues, je préfère toujours vouyoyer.

  • À en juger par les interventions de Marc André et de Gilles, il semble que les conventions du monde virtuel soient sensiblement les mêmes qu’en société. Je me suis donc gouré.

  • Bonjour,

    Je me retrouve complètement dans ce que tu écris sauf pour mes élèves que je vouvoie systématiquement à l’écrit, même sur un blog…

    Il y a eu un mini-débat (le mot est un peut trop fort d’aileurs) en France à ce sujet qui m’a conduit à m’interroger sur mes pratiques à ce sujet.

    Si ça ‘intéresse tu peux jeter un coup d’oeil là : http://sesbank1po.blogspot.com/search?q=double+norme#null

    En tout cas un très grand merci pour ton blog qui est une ressource très précieuse.

    Bonne continutation
    Nathalie.

  • Je trouve intéressante cette distinction du tutoiement oral et du vouvoiement écrit. C’est une façon de concilier le rapprochement et le respect. Je crois même que je vais adopter la formule dans mes commentaires sur les blogues des élèves. Cela aura peut-être l’effet de sensibiliser les jeunes au respect.



Laisser un commentaire

*