Nationaliser Internet
Mercredi, 29 août 2007Je désenchante de Vidéotron depuis quelque temps. D’abord, mon service Internet souffre régulièrement d’interruptions de service qui me font grimper dans les rideaux. Et puis, il y a cette décision récente d’imposer une limite de téléchargement aux abonnés du service illimité (Le Devoir : Recours collectif contre Vidéotron) pour laquelle Guillaume Boudreau a conçu un Dashboard widget (Mac) qui permet aux abonnés de garder un oeil sur le cumul des téléchargements. Quant à Bell, un ami, qui n’a d’autre choix en raison de sa situation géographique, est au désespoir.
Un service aussi important que les communications Internet ne peut pas dépendre uniquement de l’entreprise privée, surtout des gloutons comme Québecor et Bell. Les autoroutes de l’information ne sont pas moins nécessaires que le réseau routier. Le jour où les premières seront plus vitales que le transport automobile n’est pas si loin. Il aura fallu des visionnaires tels que René Lévesque et Jean Lesage pour nationaliser le secteur électrique en créant Hydro-Québec.
Il ne s’agit pas de faire d’Internet une vache à lait au même titre que l’hydro-électricité. Il s’avère vital, toutefois, d’assurer l’essor de la province en maintenant un réseau de communications à la fine pointe de la technologie. Dans un contexte de compétitivité mondiale, c’est sans doute le meilleur moyen de passer à une économie de la créativité. Des infrastructures ultramodernes attireraient les investissements dans un secteur de pointe et étendraient aux régions les parcs technologiques principalement concentrés dans les milieux urbains, une façon de parer à l’exode rural.
Confier à l’État le mandat du service Internet déblayerait les principaux obstacles aux zones wi-fi. La première province à se doter d’un réseau wi-fi constituerait non seulement un atout économique, mais aurait un impact certain sur l’émergence de cités éducatives.
Le service sera gratuit, du moins pour les individus, au même titre que l’éducation. L’apprentissage ne se limite plus à l’école, mais est l’affaire d’une vie. La formation continue s’avère désormais un projet de société. L’État encouragera le source libre afin de favoriser l’accès aux technologies de l’information pour les moins fortunés. Un ordinateur sans fioritures, après tout, ne coûte guère plus qu’un poste de télévision.
Le gouvernement verra également à la protection de l’identité et des données personnelles en ligne. Les droits des internautes seront enchâssés dans la Charte des droits et libertés de la personne et protégés par la loi, du moins pour ce qui est des fournisseurs de service établis dans la province. Le monde a besoin d’un lieu sûr où les internautes peuvent conserver leurs données personnelles en toute sécurité. Avec un peu de discernement, le Québec pourrait devenir la Suisse des banques de données virtuelles.
Pareille politique devra nécessairement être jumelée à une véritable intégration des nouvelles technologies en éducation. Je ne parle pas ici de cours explicites aux TIC, mais d’une utilisation sensée et méthodique à des fins d’efficacité, de la même façon dont on doit s’interroger sur la valeur du crayon et du papier sans préjugé favorable.
Une éducation sensée à l’utilisation des nouvelles technologies ne bénéficierait pas seulement ce secteur de l’industrie. En plus de contribuer à la formation citoyenne et continue, elle stimulera tous les secteurs qui exploitent les nouvelles technologies, de l’agriculture à la voirie. Pour de réels projets collectifs, il faut des moyens de communication interactifs. L’hydro-électricité, c’est bien; l’énergie humaine, c’est mieux.
Mise à jour, 29 août 2007 | Un ajout a été fait au paragraphe 6, relativement à l’idée d’innover dans la protection des données virtuelles.
Mise à jour, 24 juillet 2008 | Tiens, Stephen Downes me fait connaître un autre blogueur, Alex Reid, qui croit qu’Internet devrait être nationalisé (Digital Digs : Should the web be nationalized?). Ça m’encourage.
Mise à jour, 18 janvier 2009 | Dans un commentaire sur Twitter, Sylvain Bérubé a raison de souligner que la valeur d’Internet dépasse le coût de la bande passante. Le connectivisme est riche d’une valeur collective immensurable.
