Archives de la Catégorie 'éducation'

YouTube et le multimédia

Samedi, 13 juin 2009

Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. (Guy Debord)
La vidéo est partout. Les ordinateurs, les panneaux publicitaires et les mobiles s’animent. La presse écrite a compris que son jumeau virtuel ne saurait s’en passer. De fait, la vidéo constitue à ce jour la forme [...]

Les blogues d’enseignants ont-ils une valeur pour la recherche?

Vendredi, 1 mai 2009

L’idéologie guette la science en chaque point où défaille sa rigueur, mais aussi au point extrême où une recherche actuelle atteint ses limites. (Louis Althusser)
Je lis présentement Conflits de savoirs en formation des enseignants : Entre savoirs issus de la recherche et savoirs issus de l’expérience, une très intéressante collection de textes, sous la direction de [...]

Les réseaux sociaux en éducation

Jeudi, 19 mars 2009

Redouté par les uns et adulé par les autres, le réseau des réseaux présente un double visage : ce peut être à la fois un danger et un vecteur de liberté. (Elisabeth Guigou)
J’arrive de la journée Réseaux sociaux et éducation, bien organisée par le MATI. La journée fut agréable de plusieurs manières : sujet encore mal [...]

Réformer le pupitre

Samedi, 28 février 2009

Posez une grenouille sur une chaise en or, elle sautera à nouveau dans la mare. (Proverbe néerlandais)
Pendant que le mobilier domiciliaire et industriel progresse à la vitesse du génie et du design, le pupitre de l’élève évolue au rythme des bancs d’église, c’est-à-dire au train de l’érosion. Quelques innovations ont déjà retenu mon attention, comme [...]

Intégrer ou utiliser les TIC?

Dimanche, 22 février 2009

L’intégration, c’est de la désintégration. (Houda Rouane)
La question peut sembler triviale, mais elle sous-tend un choix fondamental quant au rapport de l’homme à la technologie. Comme quasi tout le monde dans mon entourage, je parlais au début d’intégration des TIC, jusqu’à ce que des discussions m’amènent à voir la portée déshumanisante du premier terme et [...]

Les connaissances ne garantissent pas la pensée scientifique

Lundi, 16 février 2009

La science ne sert guère qu’à nous donner une idée de l’étendue de notre ignorance. (Félicité de Lammenais)
Le Québec et les États-Unis, notamment, s’inquiètent du désintéressement des jeunes pour les sciences et la technologie. Une nouvelle étude devrait intéresser les réformistes, tout comme les tenants de la primauté des connaissances en éducation : des chercheurs [...]

Des e-book audio pour apprendre la lecture?

Jeudi, 18 décembre 2008

Une bibliothèque scolaire constate un engouement pour la lecture en mettant à la disposition des élèves de petits lecteurs iPod Shuffle sur lesquels sont chargés des livres audio (Charlotte Sun : NPHS reading students use iPod technology at library). Les effets sur la lecture d’un jumelage du livre et d’un support audio méritent d’être approfondis par la recherche, un sujet sans doute pour le CIRTA. Est-ce que cet appariement favorise l’apprentissage de la lecture? Est-ce un tremplin vers la lecture sans support technique? Est-ce une stratégie efficace pour les écoles des milieux défavorisés ou pour les élèves qui éprouvent des troubles de lecture?

Et pourquoi s’arrêter aux livres audio? Clément Laberge, dont je suis l’intarrisable flux Delicious sur les e-books, verra sans doute immédiatement la possibilité de fusionner livres électroniques et livres audio.

Le rôle des parents dans les devoirs

Samedi, 4 octobre 2008

Dans son dernier bulletin, le Conseil canadien sur l’apprentissage résume l’état de la recherche relativement à l’efficacité des devoirs à l’école (CCA : Le rôle des parents dans les devoirs de leurs enfants). Malheureusement, le CCA limite son analyse à une approche scolaire de l’apprentissage. Peu importe, il reste que les parents doivent composer avec la réalité des devoirs que les enfants rapportent à la maison. Aussi, le CCA ne manque pas de donner des conseils fort utiles aux parents.

Par ailleurs, le CCA publie le graphique ci-dessous de l’opinion publique quant aux devoirs scolaires. Je constate surtout l’énorme disparité entre les croyances des parents et les résultats de recherche.

    CCAOpinionParentsDevoirs.jpg

L’idée la plus néfaste, quant à moi, concerne la finalité des devoirs en tant que moyen de favoriser « les bonnes habitudes de travail. » L’école n’est pas un lieu pour développer des habitudes de travail, mais des habitudes d’apprentissage. Du moins pas dans la conception que se font la plupart des parents du travail, soit le travail de bureau. L’école ne doit pas être une préparation à la bureaucratie, surtout pas à 6 ans. On ne réussit de la sorte qu’à étouffer la capacité naturelle de l’esprit à explorer, créer et innover, qualités bien plus essentielles au développement de l’individu et de la société.

Mise à jour, 10 octobre 2008 | Je ne voudrais pas donner l’impression que les compétences de travail sont inutiles. Au contraire. Il y a cependant une distinction importante à faire entre l’apprentissage et le travail.

Ce qui m’asticote dans la notion ‘d’habitudes de travail’, ce n’est pas l’idée du travail, mais de l’habitude. Considérant la nature changeante du travail aujourd’hui, la méthode doit être constamment réflexive et évolutive.

Présentation sur la littératie numérique

Lundi, 29 septembre 2008

J’ai redonné ma présentation sur la lecture à l’écran, cette fois à des éducateurs du secteur des langues du MELS. J’avoue avoir été impressionné par la participation et la réceptivité de l’assistance à l’évolution des technologies de la communication et à la façon dont elles modifient les pratiques pédagogiques. Par souci de partage, je publie le diaporama que j’ai conçu pour la présentation, modifié à la lumière des commentaires qui ont suivi la première version. J’ajoute quelques notes sur les points saillants de la présentation.



# 1 (préambule)

    • L’observation, entre autres, de mon passage de la culture du livre à la culture numérique.

    • La responsabilité de notre génération à transmettre le l’organisation de la pensée livresque.

    • L’importance de la complémentarité (et non-opposition) de la culture du livre et de la culture numérique.


# 2 (plan de la présentation)

    • Le monde change : Pour la première fois de l’humanité, nous devons préparer les élèves à l’incertitude.

    • Pourquoi on lit : S’est-on vraiment posé la question?

    • Les TIC et la lecture : L’interaction du Web.

    • Le rapport au savoir : Le savoir est fonction du contexte.

    • Le web acteur : L’habilitation (empowerment) de l’élève.

    • Les implications dans la classe : L’autonomie d’apprentissage.

    • Le numérique vs l’imprimé : Les avantages de l’un et de l’autre.


# 3 (Le monde change)

    • L’accélération de l’évolution,

    • Le choc des générations dépassées par la technologie.

    • La plasticité neuronale des jeunes à apprendre vs la résistance des aînés.


# 4 (tableau de Mondrian)

    • La culture de l’ordre et du cartésianisme

    • La réticence de nos élèves à utiliser un agenda scolaire, eux qui ont recours au texto


# 5 (graffiti)

    • Mode dendriforme d’organisation et de traitement de l’information

    • Répond mieux à l’abondance et l’éclectisme de l’information.


# 6 (texto)

    • Faire remarquer le nombre de participants (16) à la conversation de l’utilisateur.

    • Souligner que ces élèves sont parmi ceux qui, en d’autres temps, on considère les meilleurs.

    • Transfert d’écran – visionner la vidéo Le saviez-vous?


# 8 (Activité : pourquoi on lit)

    • Transfert d’écran – activité de coconstruction dans Jottit.

    • Faire valoir la diversité des réponses.


# 9 (Les TIC et la lecture)

    • Caractéristiques : variété d’outils – choix – interactivité – mobilité.


# 10-11 (panoramas des médias sociaux)

    • Souligner la diversité des fonctions au regard des besoins individuels.

    • La propriété intellectuelle vs le libre – licences Creative Commons.

    • La multiplicité des outils : agrégateur – blog et microblog – folksonomies – messagerie instantanée

    • Le manuel scolaire interactif : Flat World Knowledge


# 12 (le rapport au savoir)

    • Le livre n’a pratiquement pas évolué en 500 ans.

    • Les TIC changent le rapport à la lecture qui devient un acte de lecture-écriture (read-write culture)


# 13 (la pensée est littératie)

    • Le rapport de la pensée au mot

    • La complicité lecture-écriture se rapproche plus naturellement de la dualité analyse-synthèse de la pensée.

    • Les TIC se prêtent davantage à la créativité, la collaboration, le risque, la méthode et la pensée supérieure : analyse-synthèse – induction-déduction, jugement critique, métacognition, etc.


# 14 (la littératie est plus… multimédia)

    • Harmonie du texte et de l’image.

    • La prédominance du cerveau à traiter les stimuli visuels.


# 16 (multiethnique)

    • Les réseaux sociaux n’ont pas de frontières et débordent de la localité.


# 17 (maillée)

    • L’émergence d’une nouvelle théorie de l’apprentissage : le connectivisme

    • Le savoir n’est plus tout fait, il est coconstruit.

    • Les connaissances se construisent-elles, ou croissent-elles? (constructed or do they grow?)

    • La lecture numérique n’est pas linéaire, mais ramifiée, dendriforme.

    • La lecture numérique est plus holistique : ne pas voir que les parties, mais le tout; non l’ordinateur, mais le système; non l’organe, mais l’organisme.


# 18 (messagerie instantanée)

    • L’émergence d’un nouveau mode de communication qui répond à nouveau contexte.


# 19 (la translittératie)

    • Définition de la translittératie.

    • La prolifération du multasking.

    • Si la littératie est « l’ensemble des connaissances en lecture et en écriture permettant à une personne d’être fonctionnelle en société » (Antidote) et que les jeunes développent leurs compétences en fonction de l’environnement dans lequel ils évoluent…


# 20


# 21 (pas d’avenir sans décrochage)

    • J’ai moi-même décroché de l’université à la découverte des TIC.

    • Ce décrochage de l’université est à associer au décrochage du livre.


# 22 (le web acteur)

    • Le passage de lecteur à acteur à producteur.


# 25 (ce que font les utilisateurs)

    • Faire remarquer les ‘créateurs’ sont les plus jeunes.


# 26

    • Un élève habitué à créer et interagir se lasse des approches traditionnelles.


# 28 (le natif d’Internet…)

    • Puise l’information à plusieurs sources / plutôt qu’une seule.


# 29

    • Fait du multitâche et traite l’information en parallèle / plutôt que singulièrement.


# 30

    • Traite images, sons et vidéo avant le texte plutôt que le texte d’abord.


# 31

    • Maille l’information aléatoirement (hypertexte) / plutôt que linéairement et séquentiellement.


# 32

    • Apprend quand c’est pertinent / plutôt que ‘au cas où‘.


# 33

    • Un nouveau monde appelle de nouvelles façons de faire.

    • On ne peut pas bannir les nouvelles pratiques, mais seulement les apprivoiser.


# 34 (implications dans la classe)

    • Constat de l’échec de la lecture scolaire (Jenkins Group)


# 42 (de besoin à comportement)

    • De l’importance de faire naître la lecture d’un besoin.


# 45 (déterminants de la motivation scolaire)

    • De l’utilité des trois facteurs de la motivation scolaire de Viau.


# 46 (créativité et liberté)

    • Expliquer comment j’ai amélioré mon enseignement en fonction des possibilités offertes par les TIC : autonomie, blogue, autogestion, portfolio, apprendre à apprendre, métacognition, sorties de classe, etc.

    • Permet à l’enseignant de concentrer ses efforts auprès de ceux qui en ont le plus besoin.


# 47 (le numérique vs l’imprimé)

    • Activité collaborative.


# 48

    • Choisir le papier ou le numérique.

    • Dresser un schéma des avantages dans Text2Mindmap.

    • Prendre une capture d’écran.

    • Télécharger l’image dans Flickr.

Dyslexie mathématique

Vendredi, 26 septembre 2008

Quoique l’on aborde régulièrement la dyslexie dans les écoles, il ne m’est jamais arrivé durant toutes ces années d’entendre parler de discalculie (voir aussi dyscalculia), un trouble d’apprentissage du calcul. Ce qui me fait croire que je ne suis pas le seul. Or, les recherches d’un professeur de l’Université Western Ontario laissent entendre que la discalculie est aussi répandue que la dyslexie (EurekAlert! : Unraveling ‘math dyslexia’). Même que Daniel Ansari, spécialiste en neurosciences du développement cognitif, les deux difficultés d’apprentissage sont souvent reliées.

Je mets en relief cette intéressante citation d’Ansari sur notre rapport culturel aux mathématiques :

We have some cultural biases in North America around math skills. We think that people who are good at math must be exceptionally intelligent, and even more dismaying and damaging, we have an attitude that being bad at math is socially acceptable. People who would never dream of telling others they are unable to read, will proclaim publicly they flunked math.

La méfiance serait cause de l’échec des réformes

Vendredi, 29 août 2008

Pour paraphraser le proverbe, on peut mener les enseignants à la réforme, mais on ne peut les forcer à y croire. Ultimement, ils déterminent l’émotivité de l’enseignement. Qu’on leur impose un cahier, ils le colorient à leur guise. Au regard de la réforme, c’est une évidence. La majorité des enseignants n’ont modifié que le contenu de leurs cours pour se conformer au nouveau programme de formation, sans rien changer de la méthode.

C’est parfaitement normal, puisque nous agissons en fonction de nos convictions. Le manque de confiance s’avère l’un des principaux facteurs qui minent les réformes, selon Charles M. Payne, professeur à l’Université de Chicago et auteur de So Much Reform, So Little Change: The Persistence of Failure in Urban Schools (EurekAlert! : Trying to satisfy too many agendas slows school reform).

Payne a analysé les tentatives de changement dans les systèmes scolaires des grandes villes. Du résumé qui en est fait, je retiens les éléments suivants :

    • Un manque de confiance entre les enseignants, la direction et les parents est souvent cause de dysfonction dans l’école.

    • L’infrastructure organisationnelle mine souvent les réformes les mieux intentionnées.

    • Le soutien à un enseignement de très haute qualité fait souvent défaut.

À la défense du copier-coller

Mercredi, 11 juin 2008

À l’instar de Francis Pisani, « je suis pour le “copier-coller” honni des professeurs. » Les saintes-nitouches du plagiat, après avoir brandi devant les élèves le glaive de la moralité, n’hésitent pas à chaparder du matériel et à le reproduire au photocopieur. Les raisons évoquées par les professeurs ne sont souvent guère différentes de celles qui motivent les élèves. La propriété intellectuelle, de toute façon, est aujourd’hui un concept chancelant.

Le mot est l’expression la plus simple du copier-coller. Notre pensée jaillit principalement de l’oeuvre de nos prédécesseurs. Une idée, aussi originale soit-elle, ne sera toujours que le réaménagement de concepts existants dans la synthèse d’un nouveau sens. Si nous pouvons nous arroger le mérite de ce dernier, nous ne pouvons guère réclamer la propriété des premiers. Un auteur est toujours redevable à l’humanité.

La communication orale, antérieure à la communication écrite, ne s’est jamais souciée de plagiat. Même qu’elle en dépendait, la mémoire constituant l’essentielle audiothèque de transmission de la connaissance. Ce rapport naturel au savoir se poursuit à ce jour. Le plagiat est né pratiquement de la littérature, dès lors qu’on a commencé à vivre de l’écriture. La propriété intellectuelle, quant à elle, est née du commerce, à l’enseigne duquel loge l’édition.

Les défis de ce monde appellent un traitement de l’information qui repose sur la complexité des idées au-delà du simple concept des mots. Jouer avec les mots était autrefois un désoeuvrement pour les riches; c’est aujourd’hui le gagne-pain des artistes. Quant à la majorité, elle a d’abord besoin de manipuler des blocs d’idées dans la compréhension, puis la construction de l’édifice d’une vie. Si métier d’élève consiste d’abord et avant tout à bâtir un édifice unique, on ne saurait exiger de lui qu’il forge tous ses matériaux. En cultivant, par ailleurs, son penchant naturel à la beauté, on verra indirectement au développement du mot.

L’esprit traite les concepts et les idées avant les mots. Le traitement de modules conceptuels, dans un but de synthèse, est également une stratégie d’apprentissage qui n’est pas sans rappeler la programmation par objet. D’un point de vue plus artistique, on préférera la comparaison au mashup. Mais l’un des plus exemples les plus probants de cette technique nous est donné chaque semaine, sur le blogue du RAEQ, par Amine Tehami qui assemble des coupures diverses dans des collages argumentatifs très convaincants.

Ainsi, je ne retiens même pas les conditions émises par Pisani et reprises par Florence Meichel. Malgré leur bien-fondé, elles peuvent contraindre l’apprentissage; comme dit la chanson, Another Brick in the Wall. Je ne condamne pas le moyen, mais plutôt la paresse et l’attitude de ceux qui esquivent le travail. Pour le reste, c’est une question de degrés, dans l’espoir que le professeur n’appartienne pas à cette catégorie qui diabolise les élèves.

Le copier-coller fera l’objet d’un des ateliers du camp d’été pour former les enseignants à la lecture numérique. Lors d’une rencontre préparatoire, j’ai été ravi de constater l’ouverture d’esprit des participants sur le sujet. L’idée fait son chemin.

Ne faisons pas l’autruche en niant l’efficacité du copier-coller. Je l’utilise à profusion et mes élèves aussi, à la différence que je cite mes sources. Cette intégrité intellectuelle requiert une certaine maturité, trop sans doute pour des jeunes habitués au piratage de la musique, pressés d’activités, ou désintéressés de la tâche. Mais cela viendra bien, en laissant l’éducation faire son oeuvre.

Malgré que je m’évertue à leur montrer, mes élèves négligent les citations. Je m’y prends mal, sans doute. Aussi ai-je quelques idées dans mon sac pour l’année prochaine, notamment d’inclure des citations dans les documents à leur intention; et je compte en demander dans tout travail d’envergure. Je veux surtout éviter d’en faire des experts du remaniement de mots pour déjouer les moteurs de recherche.

Mise à jour, 12 juin 2008 | En accord avec Florence Meichel qui affirme qu’il faut voir au-delà de la légitimité du copier-coller, Bruno Devauchelle avait déjà soulevé la commodité de la citation, un excellent billet qui m’avait échappé (Veille et Analyse TICE : Quand citer ses sources ne suffit pas).

[...] se contenter de mettre un renvoi à un livre voire au nom de l’auteur lorsqu’on veut y faire référence, ne permet pas de juger la pertinence de ce lien, c’est même parfois simplement un acte d’allégeance. De même l’extraction de phrases sorties de leurs contexte, accompagnées de la référence ne suffit pas. Citer un auteur, citer un texte, c’est d’abord intégrer une pensée “autre” dans sa “démarche de pensée”. Cela suppose donc un travail important sur ce qui amène à “utiliser” l’autre dans son propre travail. Le risque serait, si l’on est pas vigilant, d’utiliser ce fameux copier coller de la référence de la source sans se préoccuper de ce à quoi elle renvoie réellement, ou d’extraire sans discernement des passages et de citer la source sans respecter le contexte d’élaboration de ce passage.

Mise à jour, 19 juin 2008 | Même les scientifiques, pourtant parmi les plus scolarisés, s’adonnent au plagiat et à la tricherie. Une enquête publiée dans la revue Nature révèle en effet que près d’un chercheur sur dix a été témoin de gestes condamnables de la part d’un confrère (Cyberpresse : Plagiat, falsification de données : les scientifiques trichent aussi).

Mise à jour, 06 septembre 2008 | Patrick Flouriot cite ce billet et apporte sa propre réflexion, plus nuancée que la mienne (Enfants 2.0 : Encouragez vos enfants au copier-coller).

Doit-on aussi réformer le calendrier scolaire?

Lundi, 26 mai 2008

Le calendrier scolaire, avec ses vacances d’été, est issu d’une longue tradition. Des impératifs budgétaires surtout ont contraint certains gestionnaires à essayer de nouvelles formules, notamment en gardant les écoles ouvertes toute l’année (voir year-round school), mais avec plus ou moins de succès (Ohio State University : Year-round schools don’t boost learning, study finds). Une nouvelle approche est proposée par l’Institute for Public Policy Research (Royaume-Uni) afin d’accroître la réussite éducative, principalement dans les milieux moins nantis (IPPR : Schools must broaden focus to improve results and boost pupil well-being).

L’étude recommande de réduire les vacances d’été à un mois, puis de diviser l’année scolaire en cinq sessions de huit semaines entrecoupées de deux semaines de congé. Le raccourcissement des vacances favoriserait le maintien des acquis scolaires et le désoeuvrement dans les quartiers plus démunis (BBC : Long school holidays ‘should end’).

La BBC présente deux reportages vidéo sur l’étude, d’abord ce résumé du ramaniement du calendrier, puis cette entrevue avec son auteur, Sonia Sodha.

Quoique je trouve la proposition très intéressante dans le cadre de la structure actuelle, il est difficile de ne pas railler un système qui doit recourir à de tels expédients pour préserver des savoirs qui se volatilisent après deux mois d’inactivité. Y en a-t-il un seul parmi nous qui peut prétendre s’asseoir devant un examen de fin de secondaire qui ne soit pas de sa spécialité, avec la certitude de ne pas échouer?

La notion de calendrier est si ancrée dans notre quotidien qu’on ne s’interroge même plus sur son sens. De division du temps qu’il était, on en a fait un instrument d’asservissement de la condition humaine, notamment dans un but de productivité sociale. Mais comment diable allons-nous faire progresser la condition humaine si on ne remet pas constamment en question les choses qui nous gouvernent?

Facebook : vol d’identité d’un professeur

Vendredi, 9 mai 2008

Voici une autre utilisation du Web dont les enseignants doivent se méfier : l’usurpation d’identité. Un élève de Brandon, au Manitoba, fera face à la justice pour avoir créé un compte Facebook au nom d’un professeur et avoir joué à l’imposteur pendant quelques jours (Winnipeg Sun : Posed as teacher?). Abstraction faite de ma méfiance pour les réseaux fermés et propriétaires comme Facebook, il s’agit d’un cas isolé. D’ores et déjà, il existe trop de moyens légitimes susceptibles de malfaisance pour tous les superviser; et il s’en ajoute sans cesse. Les professeurs feront mieux pour se prémunir des facéties des jeunes en gagnant leur respect par la pédagogie que par la fortification.

George Siemens, en commentant la nouvelle, émet une opinion intéressante : un éducateur qui ne participe pas aux discussions dans les réseaux sociaux en ligne n’existe pratiquement pas. Selon lui, ne pas se doter d’une identité virtuelle équivaut à risquer l’usurpation de son identité.

When dealing with educators, I often mention that if they are not involved in networked conversation, their voice essentially doesn’t exist [...]. Well, in reality, if you’re not online, it’s not only that you don’t exist. Instead, the challenge arises that others may form your identity for you.

Pour se dérider un peu, j’ajoute deux vidéos que la mère d’une élève m’envoie :


Mise à jour, 17 mai 2008 | Dans un incident similaire, un tribunal américain ordonne à Facebook de révéler l’identité d’un membre qui a emprunté l’identité d’un directeur d’école (Ars Technica : Facebook ordered to out kids behind principal’s fake profile).

Contrer l’intimidation dans les écoles

Samedi, 12 avril 2008

La cyberintimidation est un sujet chaud. Chaque fois qu’il tombe sous les projecteurs, les médias s’en emparent. À juste titre, car on ne badine pas avec la violence. Le sondage (PDF) de la CSQ et le communiqué dénonçant la négligence du gouvernement dans le dossier de la cyberintimidation défraient la chronique. Avant-hier, Mario a soudainement été assailli par les journalistes (Mario tout de go : Ce qu’un communiqué peut provoquer dans une fin de journée). Hier matin, c’était mon tour d’être interviewé. La presse écrite était aussi de la farandole.

Inutile de revenir sur les ressources pour contrer la cyberintimidation. Il faut d’abord comprendre la culture Internet et tous les risques encourus, un sujet dont Mario a récemment dressé un excellent bilan. Sur la question plus spécifique de l’intimidation en ligne, cela a déjà été abordé. Une recherche sur la Toile procurera une tapée de ressources additionnelles.

Je préfère m’attarder aux demandes formulées par la CSQ dans son communiqué. D’abord, il faut féliciter la CSQ de ce tapage pour dénoncer la violence à l’école et pour réclamer que le plan d’action annoncé inclue la cyberintimidation. Mais l’aberration saute immédiatement aux yeux : les écoles doivent-elles attendre un plan d’action de l’État pour agir? Dans cette structure hiérarchique qu’est la nôtre, nous tendons à refiler les difficultés aux instances supérieures, fort loin, par ailleurs, de la particularité des faits. L’évidence s’en trouve dans la lourdeur des mesures imposées.

La CSQ recommande (1) que « les établissements d’enseignement se donnent des règles claires et qu’elles soient mises en application » et (2) qu’ils « se dotent d’un plan d’intervention comprenant de la sensibilisation et de l’éducation contre la violence à l’école. » Très bien. Il semble en effet que les interventions concertées sont plus efficaces dans la lutte à l’intimidation (EurekAlert! : Bullying can be reduced but many common approaches ineffective). Mon expérience, toutefois, me fait craindre que les écoles n’accordent la préséance à la première recommandation, au détriment de la seconde. Pour plusieurs administrateurs et enseignants, la coercition tient lieu d’éducation.

L’approche éducative est certes plus profitable à long terme. Un bel exemple nous en est donné par ce reportage de la BBC : Mentoring scheme beats bullies. Au PEI de l’école De Rochebelle, heureusement, nous avons su intervenir tôt et dans la coopération. Voici quelques-unes des actions que nous avons posées pour contrer la cyberintimidation :

    - demande de témoignages anonymes auprès des élèves

    - discussions en classe

    - invitation à bloguer sur le sujet

    - présentation de vidéos

    - intervention de la direction

    - conférences données par la policière-éducatrice

    - conférences et ateliers présentés par Jeunesse, J’écoute

    - affichage pour dénoncer l’intimidation

Enfin, je profite de l’occasion pour mettre en garde, une fois de plus, contre les périls des mesures coercitives. On connaît l’engouement des Britanniques pour la surveillance vidéo. Or, voilà qu’on songe maintenant à installer des caméras de surveillance dans les salles d’examen pour contrer la tricherie (BBC : CCTV could be used in exam rooms). Hormis le caractère abusif, onéreux et inefficace de ce genre de mesure, il faut envisager les répercussions sur une société et les excès auxquels les autorités peuvent se prêter (BBC : Council admits spying on family).

Anki : la mémorisation par répétition espacée

Dimanche, 6 avril 2008

La répétition espacée est une technique de mémorisation qui repose sur la courbe de l’oubli en augmentant l’intervalle entre les rappels de l’information à apprendre. Anki améliore l’usage des cartes mémoires par recours à ce principe. Le screencast d’introduction de cette application multiplateformes en illustre assez bien l’utilité. Sans pour autant préconiser la surconsommation de connaissances, il n’en demeure pas moins qu’il y a des occasions où leur mémorisation est nécessaire à la célérité, voire à l’exécution d’une tâche.

    AnkiForgettingCurve.jpg

Je jongle avec l’idée d’ajouter à mes cours une courte période de 5 minutes de répétition espacée des notions vues en classe. C’est, il me semble, une stratégie qui mérite expérimentation, soit à l’aide d’Anki ou d’un autre moyen.

Teachermate : un portatif de poche pour 50 $

Vendredi, 21 mars 2008

Les bonnes idées, comme un caillou dans la marre, ont un effet de vague. Dans le sillage de l’OLPC, un autre organisme lance un ordinateur de poche à très faible coût pour le primaire (eSchool News : Low-cost handheld targets elementary students). Le Teachermate cherche clairement à tirer profit de l’engouement des enfants pour les jeux vidéo. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, considérant l’importance d’exploiter les connaissances et les habilités antérieures, de même que la reconnaissance grandissante des avantages des jeux vidéo à des fins d’apprentissage. Pour seulement 50 $, soit le coût de certains manuels ou jeux vidéo, le Teachermate n’est qu’une autre indication que les outils d’apprentissage dans dix ans seront méconnaissables.

Quant aux enseignants, je n’en sais trop rien. Ils s’entêtent.


    Teachermate.jpg

Un élève sur dix a des problèmes de mémoire de travail

Vendredi, 29 février 2008

Après avoir examiné plus de trois mille enfants, des chercheurs de l’Université de Durham affirment que 10 % des élèves éprouvent des difficultés relativement à la mémoire de travail et, par conséquent, à l’apprentissage (EurekAlert! : Children’s under-achievement could be down to poor working memory; BBC : Memory issue ‘hits 10% of pupils’). Le problème affecte les écoliers de tout âge. Je peux attester, comme le soutiennent les chercheurs, que peu d’enseignants savent diagnostiquer un problème de mémoire de travail et que l’on a plutôt tendance à y voir un problème d’inattention ou d’inintelligence.

Les chercheurs ont conçu un test, le Working Memory Rating Scale (version logiciel), pour évaluer la capacité de la mémoire de travail (working memory; NCBI : Working memory). Évidemment, le conflit d’intérêts entre l’impartialité du chercheur et la nature commerciale du test saute aux yeux. Il faut espérer que la communauté scientifique passe ladite recherche au crible fin.

Les cellulaires pour apprendre

Dimanche, 3 février 2008

Pour la plupart des enseignants québécois, les cellulaires équivalent au dérangement des sonneries et à la crainte de se retrouver sur YouTube. C’est signe d’une conception linéaire et directive de l’enseignement. Mais hormis les applications pédagogiques des technologies de poche, dont on ne fait qu’entrevoir les possibilités, il y a urgence d’éduquer les jeunes à un usage responsable et civique de ces ogives à longue portée qu’ils brandissent un peu inconsciemment. En outre, l’école n’a-t-elle pas avantage à apprivoiser les technologies qui font déborder l’apprentissage hors de ses murs?

Wesley Fryer a raison : c’est en prenant des décisions que les élèves apprennent à prendre de bonnes décisions, et c’est en participant qu’ils apprennent le mieux (Moving at the Speed of Creativity : Opening minds about cell phones for learning).

Je n’avais pas encore rassemblé dans un seul billet l’information se rapportant à l’utilisation des cellulaires à des fins d’apprentissage, comme je l’ai fait pour l’iPod. Je comble donc cette lacune à l’aide du petit répertoire qui suit.


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L’incohérence du P.E.I.

Jeudi, 31 janvier 2008

Je sors d’une présentation pénible pendant laquelle la direction de l’école avait la tâche ingrate d’exposer à l’ensemble des enseignants une ébauche de la maquette des cours pour l’année prochaine. Avec l’arrivée du prétendu renouveau pédagogique, les changements affectent principalement le 4e secondaire. Les ukases du ministère ne laissent malheureusement que très peu de marge de manoeuvre à la direction. Par conséquent, nous avons assisté aux récriminations usuelles des corps disciplinaires qui revendiquent chacun plus de temps d’enseignement. Sauf au P.E.I., où tout est prédéterminé.

Quelques observations d’abord sur les revendications des professeurs, dans l’ensemble légitimes. Le système ne sait plus comment composer avec l’explosion des connaissances, des savoirs, des disciplines et des compétences. Tout ce beau monde continue de se disputer 36 blocs de cours, étalés sur 9 jours, dans un cadre immuable. Devant si peu d’élasticité, la chaudière commence à surchauffer. Sans compter que des disciplines comme l’éducation physique maintiennent leur frugalité de 2 périodes par cycle de neuf jours au moment où les besoins n’ont jamais été aussi criants.

Le problème de l’exiguïté de la maquette tient largement à la vieille compartimentation disciplinaire. Or, il n’y a plus assez de blocs pour l’ensemble de la matière. La seule solution est d’abandonner l’inflexibilité des solides pour la fluidité de l’interdisciplinarité et de l’individualisation. La beauté des fluides est dans leur liberté de forme et leur mixtion. La maquette est un casse-tête administratif en grande partie parce que l’on reste coincé dans de vieilles pratiques. Poursuivant sur l’analogie des blocs disciplinaires, l’expression anglaise think outside the box n’a jamais été plus appropriée.

Je suis sidéré que l’on fasse si peu de cas des élèves dans l’élaboration de la grille des cours. Il faut bien une logique d’administrateur plutôt que d’éducateur pour justifier l’absence de choix en fonction de la majorité. Les nouvelles technologies, pourtant, pourraient assouplir un cadre de fonctionnement en fonction des besoins des élèves, plutôt que d’obliger ceux-ci à se mouler à la rigidité du cadre organisationnel.

Le problème est encore plus grand au Programme d’éducation internationale, alors que tous les cours ont déjà été arrêtés de la première à la cinquième année. Pour mousser ce qui appert de plus en plus comme un programme élitiste, on a déjà décidé, dans l’éventualité d’un choix et sans égard pour la spécificité de l’élève, du cours le plus difficile, notamment en anglais et en mathématiques. Comme le dénonçait une enseignante, la vocation humanisante du P.E.I. est abandonnée aux impératifs des sciences et de la technologie, à la compétition et à l’égocentrisme. L’humanisation cède le pas à l’aliénation.

L’incohérence du P.E.I. se manifeste plus particulièrement dans la négation de ses fondements. La philosophie du P.E.I. repose sur la primauté d’apprendre à apprendre. Mais comment, d’une part, justifier l’admission à un programme qui repose sur la nature de l’apprentissage à une élite intellectuelle? Pis encore, comment valoriser la notion d’apprendre à apprendre dans un programme où tout le parcours est réglé d’avance? Est-ce que le choix de cours n’est pas intrinsèquement relié à la notion d’apprendre à apprendre? Je signale, au passage, que l’autonomie, définie comme la « capacité de se prendre en charge, d’effectuer des choix et d’assumer la responsabilité de ses actions », constitue l’une des cinq valeurs fondamentales du projet éducatif (PDF) de l’école. Comme quoi les grandes idées ne sont que poudre aux yeux.

Un directeur adjoint s’est rabattu à plusieurs reprises sur les exigences de la SÉBIQ. C’est là, il me semble, que le bat blesse : l’autorité décisionnelle est reléguée à un organisme extérieur. Nous avons la bureaucratie facile au Québec, comme ailleurs. Mais dans le cas présent, il faut rapatrier le leadership à proximité des élèves.

Nourrir le monde tout en apprenant

Mardi, 18 décembre 2007

Certaines idées m’émerveillent par leur simplicité, particulièrement celles qui se matérialisent. En voulant aider son fils à développer son vocabulaire, John Breen a cherché un moyen d’en faire profiter le monde. FreeRice est un jeu questionnaire comme on en trouve partout, sauf que chaque bonne réponse contribue 20 grains de riz au Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (Christian Science Monitor : How to Build Your Vocabulary — and Feed the World). Pour ajouter du piquant, les quelques 50 échelons de difficulté s’adaptent à la progression du joueur.

Il est amusant de voir les grains de riz s’empiler au fur et à mesure des bonnes réponses. 100 ou 1000 grains peuvent sembler une goutte dans l’océan, mais c’est sans compter sur l’effet multiplicateur de la Toile. Les 9 milliards de grains amassés en seulement deux mois auront permis de nourrir plus de 500 000 personnes.

Les activités éducatives ne peuvent pas toutes aboutir à des résultats aussi humanitaires. Néanmoins, il serait souhaitable de voir plus de partenariats entre les écoles et les entreprises s’attaquer aux problèmes du monde.

Je suis généralement rébarbatif à la publicité, mais je fais exception dans ces cas où les compagnies s’associent à des causes humanitaires. La publicité dans les écoles est un terrain fort glissant, j’en conviens. Mais l’intransigeance des principes doit parfois céder aux raisons du coeur.

Enfin, j’apprends avec regret que le Canada n’a toujours pas respecté son engagement de la conférence de Johannesburg (2002) de consacrer 0,7 % de ses revenus à l’aide internationale (source). Il n’est jamais trop tard pour envoyer une lettre à notre cher Premier ministre. J’ai réécrit au Je la lettre proposée par Poverty.com, que vous pouvez télécharger en format PDF ou Word (histoire d’y ajouter son nom).

Les blogues scolaires pour combattre l’intimidation

Jeudi, 22 novembre 2007

La Toile a aiguisé les crocs des jeunes loups qui rôdent dans l’ombre, le plus souvent terrés dans l’anonymat. Tous les canaux de communication servent aux prédateurs : messagerie instantanée, forums, courriels, sites Web, réseaux sociaux, photos, vidéoclips. Les coups de griffe laissent des plaies que la pérennité d’Internet avive continuellement. Certains cas, que je tais par refus de perpétuer le souvenir, s’accrochent obstinément à l’histoire.

À la prédation en ligne s’ajoute la violence du milieu scolaire, tantôt physique, tantôt verbale ou psychologique. Du coup, certains jeunes sont toujours sur le qui-vive.

La quasi-totalité des écoles est infectée. La mienne, avec ses 2000 élèves, n’y échappe pas. Une première activité, en début d’année, avait sensibilisé les jeunes au problème. Dès lors, plusieurs victimes d’intimidation ont senti qu’ils n’étaient plus seuls. Ce coup de semonce a eu pour effet de rallier les individus, pas seulement les victimes, mais tous ceux qui fulminaient en silence.

L’effort aurait vraisemblablement péri de son inactivité, comme plusieurs initiatives auxquelles on ne donne pas suite, n’eut été de la persévérance des élèves à raviver le sujet dans leur blogue scolaire. Du coup, les blogues servent de tribune populaire pour rompre l’isolement des victimes ou pour hurler son désaveu. Ainsi, la communauté défend le bien par ses porte-voix. L’union fait la force.

Par mi les élèves qui se sont distingués :

    Wen Q. : certaines personnes sont intimidées et j’ai l’impression qu’ils ne le savent pas. Des intimidateurs font semblant d’être leurs amis et ils les poussent à faire/dire des gestes/paroles stupides et immatures.

    Michaël L.D. : Le respect est l’une des valeurs fondamentales de notre société. Il est l’une des cinq attitudes privilégiées de notre programme éducatif et il est essentiel à la vie en société, en groupe, à l’école ou dans une quelconque communauté.

    Tarik P. : Souvent, on intimide quelqu’un non parce qu’il est: gros ou mince, petit ou grand, blond ou roux mais bien PARCE QU’IL EST DIFFÉRENT. [...] Je suis qui je suis. Je mérite le respect. Je suis un être humain et non pas une bête de cirque!

    Maëlla L. : Depuis quelques années, j’ai remarqué que la plupart des groupes sont formés en  » gang » et qu’il y a une hiérarchie vis-à-vis les élèves. Cette hiérarchie se divise en trois parties : Les cools ( en haut), les neutres ( au centre) et les rejets( en bas). Il y a aussi des règles invisibles qui rendent les liens entre ces trois parties très difficiles.

    Charles-O. M. : Les personnes intimidées n’ont pas toujours confiance en eux ou ont un défaut particulier qui les gêne. Ils n’ont pas besoin, eux qui souffrent déjà, de se faire diminuer par leurs camarades. Cela ne fait qu’aggraver les problèmes de ceux qui devraient être aidés plutôt que repoussés.

    Geneviève D. : Certaines personnes ont peur de se faire rejeter s’ils ne font pas de discrimination envers le « souffre-douleur ». Je dis qu’il ne faut pas faire de méchanceté envers les autres simplement parce que nous avons peur.

    Jules B. : C’est sûr que dans les quelques jours suivants la conférence plusieurs personnes se sont indignées et ont dit qu’ils voulaient arrêter, mais cela n’a pas fait une grande différence sur le comportement de tous les jours. Pour vraiment obtenir un résultat, il faut que l’on se donne vraiment des résolutions et que l’on agisse .

    Maude B. : Ça parait un peu cliché de dire cette phrase, mais parler c’est grandir ! En plus, si vous évitez de vous défouler en intimidant (ce qui n’est vraiment pas une bonne façon de le faire, car on culpabilise parfois !), vous brisez déjà une énorme chaîne de malheur qui aurait probablement rendu une quantité infinie de gens malheureux et coupables d’un geste ingrat !

    Philipp F. : je me suis fait intimider [...] parce que j’étais différent. DIFFÉRENT. Aujourd’hui, je ne parle pas beaucoup car j’ai perdu ma capacité de socialiser.

Mise à jour, 29 novembre 2007 | Mario me rappelle que je devrais mettre en évidence la relève de ce billet assurée par Michaël L.D. : La communauté se dresse contre l’intimidation!!! Michaël a accepté, dans une perspective de service communautaire, de colliger les billets de la blogosphère de l’école qui traitent de l’intimidation. Je crois plus utile que cette tâche revienne à un élève.

Jeux vidéo : la violence engendre la violence

Vendredi, 16 novembre 2007

L’opinion populaire a une perspicacité qui devance souvent la science. On a longtemps attaqué les jeux vidéo pour la montée de la violence chez les jeunes, en dépit de certains spécialistes qui affirmaient que les joueurs savaient faire la part de l’imaginaire et du réel. Or, les études s’empilent sur les effets néfastes des jeux vidéo à caractère violent. La plus récente porte sur l’efficacité des jeux vidéo en tant que moyen d’apprentissage de l’agressivité, considérant qu’ils font appel à plusieurs des mêmes stratégies utilisées par les meilleurs professeurs.

Un chercheur de l’Université Iowa State a trouvé que les jeunes qui s’adonnent aux jeux vidéo de type violent ont des comportements plus agressifs après seulement six mois (Iowa State University : Gentile, father explore how violent video games are exemplary aggression teachers). L’étude qui paraîtra bientôt dans la revue Journal of Youth and Adolescence établit « sept parallèles entre les jeux vidéo et les professeurs efficaces, incluant l’habileté à s’adapter au niveau de chaque apprenant — incluant la pratique étalée dans le temps — et enseignant pour un transfert dans des situations réelles. »

Je m’inquiète de la capacité de l’industrie à exploiter le potentiel éducatif des jeux vidéo, dans le sillage de la recherche en psychologie, alors que l’école se complaît dans des moyens vétustes. Combien de temps encore avant que l’industrie du jeu vidéo ne commence à faire du product placement à l’instar d’Hollywood. Ce n’est qu’un exemple, et non le meilleur. Les experts en marketing savent faire preuve de beaucoup de subtilité et de finesse dans leur créativité mercantile.

Étude : les portables dans les écoles favorisent l’écriture

Samedi, 27 octobre 2007

Bonne nouvelle relativement à l’utilisation des nouvelles technologies dans les écoles : une étude révèle que le programme d’ordinateurs portables du Maine (Maine Learning technology Initiative) a un effet positif sur les habiletés d’écriture des élèves (The Boston Globe : Study: Middle school laptop program leads to writing improvements). Quoique les résultats sont restés inchangés en mathématiques, montrent un modeste gain en science et une faible baisse en lecture, les portables ont particulièrement favorisé l’écriture. En toute honnêteté, cependant, les variations semblent bien minces.

Il faut rappeler, par ailleurs, que l’utilité des ordinateurs ne se résume pas à des tests standardisés. La valeur d’une F1 est ailleurs que dans le trajet à l’épicerie du quartier. Il faut regarder plutôt du côté des habiletés supérieures, comme la métacognition, la méthode et la collaboration. À ce sujet, Tim Magner, directeur des technologies éducatives au Département de l’Éducation (États-Unis), recommande neuf lectures pour comprendre l’impact des technologies sur l’apprentissage (The Wall Street Journal : Recommended Reading: Using Technology in the Classroom) :

Mise à jour, 11 novembre 2007 | Un autre article qui traite de l’étude sur les effets positifs des portables relativement à l’écriture (eSchool News : School laptop program begets writing gains).

Constructivisme, socioconstructivisme et connectivisme

Lundi, 15 octobre 2007

Par souci d’individualisation et de métacognition des apprentissages, je résiste à la tentation d’obliger les élèves à utiliser leur blogue scolaire. Je mise plutôt sur des facteurs de motivation tels que la perception de valeur, de compétence et de contrôlabilité. Je ne manque donc jamais une occasion en début d’année de souligner aux élèves l’importance des nouvelles technologies dans l’apprentissage et l’optimisation de leur avenir. Je sais très bien que la première question, au moment de la présentation des blogues, sera « à quoi ça va me servir? »

Dès qu’il fréquente l’école, l’élève gagne à se saisir de certaines notions d’apprentissage. La métacognition, ça s’alimente. Non content d’une énumération des raisons de vouloir bloguer, j’ai cherché à illustrer, très simplement, l’apport accru des nouvelles technologies dans la dynamique de l’apprentissage. Pour faciliter la compréhension, j’ai limité la représentation aux différences entre le constructivisme, le socioconstructivisme et le connectivisme.

L’absence de certaines théories ne résulte que du besoin de simplification. Je réitère que le but est de schématiser les avantages, sur le plan de l’apprentissage, de recourir aux technologies du maillage. En outre, je crois utile de souligner que les modèles ne sont pas en opposition, mais qu’ils se complètent (cliquez sur l’image pour l’agrandir, voyez l’illustration dans une fenêtre ajustable, ou téléchargez la version PDF).


    CSConnectivismeSmall.jpg

Dans son excellent discours sur les nouvelles technologies, le philosophe Michel Serres s’interroge sur ce qu’elles apportent de nouveau. Parmi les éléments considérés, il ne retient que l’espace. Clive Thompson réfère aussi à l’espace quand il parle de l’extériorisation des facultés cérébrales (Wired : Your Outboard Brain Knows All), comme le rapporte Jacques Cool. Mais c’est faire peu de cas de la genèse issue du flux instantané de l’information. Ce que le Web apporte de nouveau, c’est aussi une intensité dans la mouvance et la convergence de l’information. Non seulement la triple synergie de l’instantanéité, de l’étendue et du volume de l’information modifie-t-elle la qualité intrinsèque de l’information, mais elle donne lieu à des idées qui autrement ne verraient jamais le jour. C’est plus qu’une question de degrés : la perception revêt un caractère collectif et dynamique.

Le résultat s’apparente en quelque sorte à l’évolution d’une page Wikipédia, avec ses ajouts, ses correctifs et ses retraits sporadiques. Si on pouvait visualiser la progression d’un concept dans le cerveau, cela ressemblerait sensiblement à l’historique d’une page dans Wikipedia, réalisée à l’aide d’une application créée par IBM (Social Science Statistics Blog : Visualizing the evolution of open-edited text).


    IBMVisualizationWikipedia.jpg

Pour faire suite à l’excellente dissertation de Philippe Navarro sur le rapport de la cybersphère à la noosphère (Le Devoir : Le devoir de philo – Teilhard de Chardin craindrait YouTube), je dirais que le premier est l’électrification du second. La noosphère est une sorte d’épistémè que l’on subit, alors que la cybersphère est un environnement culturel sur lequel on agit.

Un changement de cette envergure modifie nécessairement les pratiques auxquelles l’école doit préparer les jeunes. Anne Zelenka offre une autre comparaison du changement de paradigme qui secoue les milieux de travail (GigaOM : From the Information Age to the connected Age). Puisque j’avais résolu de refaire un tableau qui manquait quelque peu de lisibilité, j’en ai profité pour le traduire :

    TravailSavoirsVsTravailWeb.jpg

L’homme a déjà dévolu à l’ordinateur les fonctions de mémorisation et d’analyse, mais il conserve la plus importante : l’imagination. Par ailleurs, le grand avantage de l’homme sur l’ordinateur demeure sa diversité, résultat de son unicité, contrairement aux machines produites en série. De cette diversité découle un foisonnement de la pensée quand la collectivité est mise à profit.

Mise à jour, 20 octobre 2007 | Jacques Cool présente un résumé très intéressant d’une conférence de George Siemens, le père du connectivisme, lequel résumé inclut des croquis qui incitent à la réflexion (Ze Cool blogue : Vivre, apprendre, communiquer dans un monde d’instantanéité…). La réflexion, après tout, s’inscrit dans la dynamique d’apprentissage favorisée par le connectivisme ;-)

Qu’est-ce qui fait un bon professeur?

Mardi, 18 septembre 2007

La science aimerait bien réduire l’enseignement à des règles universelles. Cela ne se produira pas, car l’Homme est essentiellement unique, donc divergent. Quoique les statistiques, les normes et la tyrannie du plus grand nombre guident les systèmes, elles ne font rien pour les individus. Ainsi, l’éducation est multidimensionnelle, poursuivant l’harmonie de la science et l’art, la tête et le coeur, le tout et le moi. Dans ce creuset, qu’est-ce donc alors qu’un bon enseignant?

Mike Baker tente de répondre à la question à la lumière des témoignages des élèves dans le cadre des Teaching Awards décernés aux meilleurs enseignants du Royaume-Uni (BBC : Let the pupils rate their teachers). Après avoir sillonné les écoles du pays et interrogé des centaines d’élèves, Baker en arrive à cibler quelques qualités qui distinguent les as de la classe (cliquez sur l’image pour un agrandissement).

    QualitesBonProfSmall.jpg

Peut-être, après tout, vaut-il mieux examiner la question à travers la lorgnette des élèves. On remarquera, de ce point de vue, que l’intelligence est plus émotionnelle que cognitive. Les enfants, après tout, n’ont rien perdu de leur naturel.

Mise à jour, 24 novembre 2007 | Sur le même sujet, voir aussi l’excellente synthèse faite par Mario (Mario tout de go : Qu’est-ce qu’un bon prof?), ainsi que la réflexion plus personnelle de Patrick (PédagoTIC… : Qu’est-ce qu’un bon prof?)

Vers l’éducation 2.0

Mardi, 28 août 2007

L’apprentissage est un phénomène naturel. Il ne connaît pas de frontières, contrairement aux systèmes d’éducation qui imposent des contraintes à l’enseignement. D’où l’attrait des réseaux qui se créent pour tâcher de faire avancer la cause de l’éducation dans ce qu’elle a de plus pur. Le RAEQ en est un bon exemple, quoique limité au Québec. Par ailleurs, plusieurs éducateurs déplorent le peu de cas que l’on fait des nouvelles technologies dans les écoles. Maintenant que les liens commencent à se tisser, le moment semble propice à une action plus concrète.

Une non-conférence, c’est-à-dire une rencontre informelle dont le contenu est déterminé par les participants, aura lieu le samedi 15 septembre, dans les locaux d’iXmédia/Opossum/Zengo, à Québec. Tous ceux intéressés par le rapport entre les nouvelles technologies et l’éducation sont invités à participer à l’événement en s’inscrivant sur le site Vers l’éducation 2.0 (cliquez sur le bouton « Edit This Page » du wiki). On peut même participer à distance.

Quelques sujets sont déjà proposés sur la page d’accueil de l’événement. Sans pouvoir vaticiner sur le contenu d’une non-conférence, il y a de fortes chances que l’on aborde des éléments tels que le sens des technologies en apprentissage, le Web 2.0, les producteurs de contenu, le maillage social, les communautés d’apprentissage et la collaboration.

À en juger par les participants déjà inscrits, les discussions seront captivantes. Il n’y manque que votre nom.

(billet retranscrit du blogue du RAEQ)

Étude : quelques effets des jeux vidéo sur l’éducation

Mercredi, 4 juillet 2007

Curieusement, les conséquences des jeux vidéo sur l’activité scolaire n’est pas le même pour les garçons et les filles.

La Loi de Pareto et l’éducation

Dimanche, 1 juillet 2007

Palmarès des 10 utilisations du temps les moins efficaces.

Le tiers des ados en ligne victimes de cyberbullying

Vendredi, 29 juin 2007

Un rapport Pew Internet révèle que le tiers des adolescents disent avoir été victime de cyberintimidation, mais qu’ils considèrent le danger encore plus grand dans la réalité. Réaction et ressources.